lundi 30 novembre 2015

Casse-Noisette, d'E. T. A. Hoffmann,

Le soir de Noël, Marie s’endort, entourée de ses cadeaux. Elle a couché Casse-Noisette, le pantin de bois, dans un lit de poupée. Mais lorsque sonne le douzième coup de minuit, les jouets s’animent ! Casse-Noisette se prépare à affronter le terrible Roi des Rats pour sauver une princesse victime d’une affreuse malédiction. Marie, qui assiste au combat, se retrouve entraînée dans une aventure fantastique et périlleuse...
Un grand classique du conte fantastique qui séduit depuis des générations les lecteurs de tous âges. Un texte féerique et poétique qui a inspiré de nombreux artistes.
Quatrième de couverture par Gallimard.
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« — Hiii… hiii… hisss…, couinait le roi des rats, donne-moi tes pois en sucre, donne-moi ton massepain, ou je croquerai ton Casse-Noisette.
Puis grinçant affreusement des dents, il disparut dans un trou du mur. »
P. 63

À l’occasion du BookClub sur LivrAddict du 16 Décembre prochain ayant pour thème l’Hiver, j’ai décidé de m’inscrire car le livre à l’honneur était Casse-Noisette de l’auteur E. T. A. Hoffmann. J’ai reçu il y a quelques semaines Les Élixirs du Diable que je rêve de lire depuis mon coup de cœur pour Le Moine de Matthew G. Lewis. Certes, entre ces deux histoires, on passe du jour à la nuit, mais étant une figure emblématique de la littérature allemande, j’étais intéressée par ce doux conte de Noël pour découvrir l’auteur autrement.
J’ai donc emprunté la très belle édition Gallimard Jeunesse illustrée par Maurice Sendak que je devrais rendre malheureusement à la bibliothèque…

C’est donc sur les OST des films Harry Potter, un soir, alitée au lit après une extraction de dents de sagesse (cocasse au vu de ma lecture, hein ?) que j’ai commencé Casse-Noisette, un très joli conte que j’aurais aimé lire à haute voix comme si j’avais un enfant à côté de moi comme auditeur.
Le style est loin d’être simple : on reconnaît l’époque et l’édition de Gallimard apporte une traduction très fidèle qui rappellera aux grands enfants les romans de la Comtesse de Ségur. C’est donc avec une écriture très riche et descriptive qu’Hoffmann nous entraîne dans les périples de Marie Stahlbaum aux côtés de Casse-Noisette. Des périples empreints d’une grande féerie où la poussière des vieux contes vient emplir le nez du lecteur : un vilain roi des rats à sept têtes, un preux "chevalier" laid mais plein de courage et de charme, des comptines qui ensorcellent l’atmosphère…
On explore différents mondes très opulents où le manque n’existe visiblement pas, et même, les couleurs et les goûts de Noël y sont bien présents : l’or et l’argent se côtoient, les friandises et les sucreries sont en abondance, les nombreuses lumières ne laissent aucune salle sombre et angoissant… Un vrai conte de saison à lire au chaud !
Quant à la fin… Eh bien, c’est toujours triste de finir un conte magique, mais la conclusion positive laisse planer quelques petits doutes et laisse une douce impression.

J’ai beaucoup aimé ces personnages, ils sont très typiques, certes, mais sont nécessaires à un conte du XIXème : une jeune fille plus noble qu’une princesse, un affreux au grand cœur, un bonhomme excentrique qui détient toutes les clés des secrets… Une galerie qui s’accorde aux livres de nos enfances.
J’ai trouvé très original qu’Hoffmann utilise une figure de rat, laissant l’éternel loup à la trappe (wolves need love too, nan mais), le rongeur est ici le tourmenteur : il gratte, il manifeste sa présence sans qu’on puisse le voir, il s’infiltre jusqu’au lit de la pauvre Marie et a des dents capables de tout ronger. Un ennemi particulièrement efficace donc et les illustrations de Maurice Sendak font honneur à cet antagoniste moustachu.


Si j’avais la plupart du temps d’autres images en tête que les illustrations de Maurice Sendak, c’est une édition très réussie et qui arrive à se démarquer de l’histoire d’Hoffmann : les pinceaux de Sendak interprètent, donnent de nouvelles visions et ne se contentent pas de suivre à la lettre les descriptions du conte. Bien qu’un peu discrètes, les couleurs sont nombreuses, douces et font de l’album un livre qui font écho aux vieux ouvrages grâce à son traditionalisme travaillée.

Un très joli conte assez inconnu dans nos contrés mais qui aura trouvé sa place dans la partie de mon cœur qui est restée enfant. La traduction est très correcte, respectant l’esprit de base et les illustrations de Maurice Sendak valent nettement le coup d’œil !
Sur ce, je m’en vais voir le ballet de Tchaïkovski.


Vu le thème et la couverture, je peux sans aucun doute relier Casse-Noisette à l’idée n°47 du Challenge des 170 Idées, Noël étant un jour férié.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Maurice Sendak n’est peut-être pas un nom qui vous parle, mais son succès Max et les Maximonstres sera sûrement plus familier ! À la page 82, on aperçoit dans le paysage un des Maximonstres 
• Le pseudo complet de l’auteur est Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, Amadeus faisant référence à son admiration pour Mozart, autrement, son vrai nom est Ernst Theodor Wilhem Hoffmann.
• À la page 33, Casse-noisette s’exclame « Un cheval ! Un cheval ! Mon royaume pour un cheval ! » durant une bataille où la défaite arrive à grands pas, une réplique de Richard III de William Shakespeare, un antihéros aussi difforme de Casse-Noisette qui demande la même chose lors d’une bataille perdue. Un parallèle comique.



dimanche 29 novembre 2015

Cendrillon, de Joël Pommerat,

Une toute jeune fille comprend difficilement les derniers mots de sa mère mourante, mais n’ose les lui faire répéter. Pourtant voilà Sandra-Cendrillon liée à cette phrase : « Tant que tu penseras à moi tout le temps, sans jamais m’oublier plus de cinq minutes, je ne mourrai pas tout à fait. »
Joël Pommerat part du deuil et de ce malentendu pour éclairer le conte d’une nouvelle lumière.
Quatrième de couverture par Actes Sud, Heyoka Jeunesse.
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Je n’ai jamais été une mordue des contes de fées au point de me repasser tous les Disney en boucle, mais j’ai découvert Joël Pommerat, celui qui se définit comme un auteur de spectacle, il y a peu de temps avec sa réécriture de Cendrillon. Ce n’est pas mon conte préféré (celui que j’avais l’habitude de réclamer était plutôt Hänsel et Gretel) mais l’adaptation moderne m’intriguait.

Sans être une découverte renversante, cette réécriture de Cendrillon n’est pas une déception pour autant et se révèle être une bonne surprise : un conte à la sauce moderne avec des problèmes qui parleront aux enfants et adultes du XXIème siècle. Pommerat ne promet pas un valeureux prince charmant à chaque petite fille jolie, bien élevée et avec un cœur pur : il se concentre surtout sur le drame de la famille recomposée et du deuil chez l’enfant.
Ainsi, lorsqu’on lit Cendrillon, on est très loin du conte d’origine, d’une relecture classique ou de l’adaptation de Disney : l’histoire est ici tout à fait personnelle et l’interprétation est unique. Il y a des tons ambigus avec des sujets aussi douloureux et un humour assez absurde, rendant le tout efficacement gênant.
Si certains lecteurs et spectateurs ont trouvé Sandra insupportable, j’avoue que je n’ai pas été trop agacée par ce personnage, pour la simple et bonne raison que je ne les prenais pas au sérieux : la belle-mère est typiquement la femme qui refuse de vieillir, le père est le pauvre veuf soumis et impuissant face au problème de famille recomposée, la fée est une parodie de la bonne marraine qui semble finalement aussi perdue que l’héroïne…
Dur d’apprécier ne serait-ce qu’un seul personnage, et pourtant, chacun ont des raisons à leurs défauts les plus lourds.


En fait, de mon côté, si il y a bien un détail qui m’a profondément dérangée, c’est le registre. Et de voir que l’œuvre est classée du côté jeunesse. Je ne parle pas de la présence de gros-mots (la présence d’enfants ne m’a jamais empêché de dire « putain » ou « merde »… Mais je tente de le faire le plus discrètement possible) mais tout simplement au niveau des paroles : les dialogues des personnages de Cendrillon me rappelaient ces mères qui ont la vingtaine et qui disent « ferme ta gueule, tu me casses les couilles » à leur petiot parce qu’elles n’ont aucun sens de l’éducation et aucune autorité.
(Nan sérieux, vous n’avez jamais entendu ce genre de parents ? Écoutez bien dans le tram ou le métro, il n’y a rien de plus pathétique et choquant)
Cela dit, ce côté permet de rejoindre cette vision négative des familles modernes avec des mères au comportement gamin. La belle-mère, grande rêveuse et attentive à son physique car "elle ne fait pas son âge", semble bien inspirée par les contes de fées, justement…
Mais je reste persuadée que ce registre qui m’a un peu choquée aurait été moins brutal sur scène que sur papier, je n’ai pas encore eu la chance de voir Cendrillon sur scène, malheureusement. Mais je cherche, je cherche !

Très ancrée dans les années 2010, cette pièce de théâtre fait tout de même une foule de références aux contes de notre enfance : un peu de magie essaie de s’inviter et une fin qui départage les odieux et les innocents vient achever cette histoire. Mais si Cendrillon a des allures de livre pour enfants, je le juge pour ma part trop mature et le public visé serait plutôt des adolescents.

Un petit mot concernant l’édition empruntée à la bibliothèque : illustrée par Roxane Lumeret, les dessins sont frais, colorés et très imagés, ils n’occupent pas toute la trame et portent avec discrétion la pièce de théâtre sans empiéter dessus. Une édition très réussie avec des illustrations agréables.

Une pièce appréciée donc : pas un coup de cœur, mais si Cendrillon m’avait laissée indifférente, je ne chercherais pas à voir la version sur scène et j’ai apprécié comment Pommerat a dépoussiéré le conte avec un brin de réalisme et beaucoup de modernité… Tout en jouant avec les codes du conte de fées.

Déborah Rouach dans le rôle de la très jeune fille
de son vrai nom Sandra, de son nom féerique Cendrillon.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Fait curieux et intéressant : Pommerat, pour la distribution, associe des rôles. Ainsi, le prince est joué par une des sœurs et la fée est jouée par l’autre sœur.
• Ce n’est pas la première fois que Joël Pommerat touche à un conte : avant Cendrillon, il avait fait une adaptation personnelle du Petit Chaperon Rouge et de Pinocchio.

samedi 28 novembre 2015

La Ligne Verte, de Stephen King,

Octobre 1932. Pénitencier d’État, Cold Mountain, Louisiane. À l’écart des autres, le bloc E. Celui des condamnés à mort. L’antichambre de l’enfer. Au bout du long corridor, la chaise électrique, Miss Cent Mille Wolts au répugnant baiser…
Sa prochaine victime, John Caffey. Un géant. Le meurtrier des petites jumelles Detterick. Surpris devant leurs cadavres ensanglantés. Étrangement absent. Si calme… Paul, le gardien-chef, l’accueille comme les autres, sans états d’âme…
Et pourtant… L’air est étouffant… Quelque chose se trame… Le regard troublant du condamné, les provocations sadiques de Percy Wetmore, une exécution de trop… ?
Un rouage va lâcher. Mais lequel ? Pourquoi ? Et qui manipule Mister Jingles, cette étrange souris trop curieuse et trop savante ?
Le suspense ne fait que commencer…
Quatrième de couverture par Librio.
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Très marquée par l’adaptation cinématographique, je voulais que le film s’efface un peu de ma tête avant de me lancer dans la lecture de La Ligne de Verte. Évidemment, je me souvenais du début, des rebondissements, de la fin… Difficile d’oublier le formidable travail de Frank Darabont porté par Tom Hanks, Michael Clarke Duncan ou encore David Morse… Et pourtant, en lisant le roman de Stephen King, j’ai réussi à recréer dans ma tête d’autres plans, d’autres visages : les images du film ne s’imposaient pas, les lignes du King sont bien trop fortes pour ça et permettent une vraie lecture.
Au lieu d’acheter l’intégral, j’ai décidé de suivre la parution originale : c’est-à-dire en romans feuilletons, faisant de La Ligne Verte une série de 6 tomes d’une centaine de pages et se concluant toujours avec un suspense pour respecter la tradition... Et laisser le lecteur dans l’attente jusqu’au prochain tome.


Ce premier tome a été très captivant : ma première joie a été de retrouver la plume mordante de Stephen King. Cette sorte d’american way of life désabusé où on sent le ciel louisianais peser sur les têtes des personnages et les nôtres également. La vie est triste au pénitencier d’État de Cold Mountain mais pleine de respect : les acteurs sont signés par le King à ne pas s’y tromper tant on reconnaît leur humanité. On baigne dans des confrontations, des états d’âme et un quotidien difficile. Le milieu carcéral n’est jamais évident à aborder mais l’auteur a réussi à manier ce cadre avec un certain brio : humanité et respect sont maintenus tant bien que mal et certains engrenages refusent de fonctionner avec les autres.
Mais avant l’emprisonnement, on a surtout un aperçu du crime : on se range du côté sentimental et la tension tord les boyaux. On a des premiers indices qui sont discrètement dispersés, c’est le seul problème d’avoir vu le film : je n’aurai aucun élément de surprise et je connais déjà le coupable, les fins qui sont réservées à chacun et le dénouement de cette tragédie. Cela dit, d’un autre côté, ça rend le roman encore plus poignant.

On entre donc doucement dans cet univers bien complexe et sanglant, très partagé entre le noir et le blanc. Deux petites filles mortes est une introduction efficace et qui m’a donné envie d’enchaîner avec le second tome Mister Jingles.

« — Wetmore comprend pas qu’il n’a aucun pouvoir sur eux […]. Il comprend pas qu’il pourra jamais leur rendre la vie pire qu’elle ne l’est déjà, qu’ils ne peuvent être électrocutés qu’une seule fois. Tant qu’il n’aura pas compris ça, il sera un danger pour lui-même et pour tous ceux du bloc. »
P. 17

Avec Mister Jingles, on commence à sentir la petite pointe de surnaturel qui va s’inviter dans cette histoire : l’ambiance se maintient donc avec quelques troubles en plus.

J’ai été très étonnée que John Caffey, personnage pourtant emblématique, reste au second plan. Certes les flash-back sont nombreux dans ce second volet mais je pensais que l’aura de ce géant noir occuperait plus la trame. Finalement, sa présence se fait assez discrète et on côtoie plutôt les anciens détenus que Paul a accompagnés avec ses collègues auprès de Miss Cent Mille Volt. Mais la star parmi les détenus, grâce à cette souris savante surnommée Mister Jingles, c’est Edouard Delacroix, bonhomme très attachant malgré son passé de criminel.
Il s’agit de l’un des deux acteurs d’une confrontation ombrageuse, opposé à Percy Wetmore. Dur d’apprécier un tel personnage mais j’attends de voir : je n’ai pas envie de voir ce personnage comme la figure à détester pour le lecteur. Priest dans Bazaar était un gars tout à fait détestable pour finalement dévoiler des côtés très émouvants, je verrai si il en sera de même pour Percy…

Le cadre carcéral est toujours très bien installé : les lecteurs avides de tensions et de contradictions seront servis, d’autant plus que malgré l’ambiance funèbre, on a droit à quelques passages touchants.

Ce volet s’achève sur un cliffhanger qui a son petit effet et s’affirme comme roman feuilleton où le lecteur doit patienter plusieurs semaines avant de connaître la suite !... Enfin, le lecteur de 1996, pour ma part, je n’ai pas attendu un jour avant de commencer le troisième volume.


Léger moment de « mou » pour ce troisième tome : Les Mains de Caffey est un tome qui tombe dans ces passages où l’action est mise de côté pour laisser les engrenages se mettre en place. Des premières lignes sont lancées mais les mystères sont encore trop épais pour réellement être captivants et les personnages, s’ils sont plus ou moins affichés, se révèlent surtout dans les relations qui commencent à se tisser.

Cela dit, comme pour le tome Mister Jingles, je suis étonnée par la discrétion du personnage de John Caffey bien que je peux imaginer les raisons de ce silence : les intentions du personnage sont ambigües pendant tout le long du récit et les précautions sont assez inutiles pour ceux qui connaissent malheureusement déjà le film.

Quant à la fin, elle semble anodine mais est un véritable point culminant : elle réunit le caractère pervers de Percy, sa cruauté envers Delacroix, personnage phare du prochain tome, l’impuissance de l’équipe face à ce qui se déroule sous leurs yeux et enfin, les surprises de Caffey, prêtes à ébranler le lecteur.

« Il me souriait. Me détestait. Peut-être même qu’il me haïssait. Et pourquoi ? Je ne sais pas. Parfois, il n’y a pas de pourquoi. C’est ça qui est effrayant. »
P. 9-10

Magnifique tome où le talent du King s’illustre parfaitement : La mort affreuse d’Edouard Delacroix est un tome qui a été écrit avec de l’horreur et une grande dose de cruauté pour éveiller la sensibilité.
Le titre annonce après tout la couleur : la fin tragique (et particulièrement douloureuse et peu enviable) d’Edouard Delacroix.
King met en place un schéma qui revient quelques fois dans ses romans, Bazaar par exemple : que le lecteur ressente de l’attachement pour un personnage aux défauts nombreux. Assassin, violeur, sournois, Delacroix est un criminel tout désigné pour jouer "un méchant" dans une fiction, un antagoniste détestable opposé à un héros, et pourtant, King en fait quelque chose de plus : un criminel en prison, mais également un homme condamné à mort. Dans ce tome-ci, on oublie les crimes de Delacroix et on assiste à une fin qui changera tous les témoins de l’horreur.

La plume de Stephen King installe parfaitement l’ambiance, les descriptions sont crues mais fascinent grâce à un style propre.

Ces cent pages englobent tous les retournements de situation et les derniers paragraphes permettent de comprendre que l’intrigue est prête à s’envoler pour ne ratterrir qu’à la fin du dernier tome.
Une excellent lecture avec ce quatrième épisode !

Prochaines chroniques à venir...

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• La publication en romans feuilletons constituait un vrai défi que Stephen King a accepté de relever : en effet, les romans feuilletons ont connu leur succès à la fin du XIXème siècle (Crime et Châtiment a été publié au fur et à mesure dans Le Messager Russe ou Oliver Twist dans Bentley's Miscellany) et se font de plus en plus rare. La Ligne Verte, de son côté, n’est jamais apparu dans un journal et a été publié par l’éditeur New American Library dans la collection Signet Books à raison d’un tome par mois de mars 1996 jusqu’en août 1996.

mercredi 25 novembre 2015

Cinq Petits Cochons, d'Agatha Christie,

Cinq témoignages accablants ont fait condamner à la détention perpétuelle Caroline, la femme de Amyas Crale, peintre renommé, mort empoisonné. Seize ans plus tard, Hercule Poirot prend l’affaire en main. Ne s’arrêtant pas aux évidences, tirant parti du moindre indice, il fait éclater une vérité à laquelle personne ne s’attendait.
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche.
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« Personnellement, elle n’était pas mon type – un caractère trop violent –, mais je dois admettre qu’elle était incroyablement belle, cet après-midi-là. Les femmes le sont, quand elles ont obtenu ce qu’elles voulaient. »
P. 142

Avec cette enquête excellente, je reprends un peu du poil de la bête avec Agatha Christie depuis Le Chat et les Pigeons que j’avais fini avec difficultés… Les Quatre aussi avait joué leur rôle réconciliateur entre la Reine du Crime et moi, mais enfin, une seconde bonne pioche, je ne vais pas me plaindre !


La nouveauté avec Cinq Petits Cochons, c’est que Christie confronte son héros belge à un meurtre qui a été commis seize ans auparavant. Les lieux ont changé, les relations ont évolué, les preuves ont disparu… Si les cinq témoins sont par chance encore bien vivants, leurs souvenirs sont par contre embrouillés et chacun hésite à confirmer ce qu’ils ont vu il y a tant d’années de peur de se tromper. Un concept donc très intéressant autant sur le plan criminel que sur le plan psychologique, d’ailleurs, pour ceux qui veulent creuser un peu plus le sujet, je vous invite à consulter le lien que je partage sous Quelques anecdotes sur ce bouquin.
Encore une fois, j’ai aimé les personnages que nous présentait Agatha Christie, et cette fois, j’ai eu la sensation d’un véritable échange avec l’auteur, surtout au moment où Poirot interroge la gouvernante Cecilia Williams : cette femme est une fine psychologue concernant les enfants, très bon juge et sachant comment s’en occuper et paradoxalement, elle voue une haine exagérée contre les hommes et n’est plus du tout partiale concernant le sexe masculin. Mais Christie nous laisse clairement le choix entre aimer ou mépriser cette grand-mère un peu guindée en créant des suspects gris, mélanges parfaits de défauts et de qualités.
Un détail qui m’a frappée dans ce tome-ci bien que le talent de la Reine du Crime à ce niveau-là n’est plus à prouver, selon moi.


Enfin, le vrai talent d’Agatha Christie réside dans la conception des énigmes, des casse-têtes et des meurtres à résoudre.
J’avoue que je suis tombée dans un piège facile car dès les premières pages, j’étais persuadée avoir deviné le dénouement de ce drame. Autant dire que j’étais bien motivée pour finir rapidement Cinq Petits Cochons et vérifier si j’avais déjoué les pièges d’Agatha Christie (sans trop y croire cela dit car toute ma lecture se faisait dans le contraste : je ne voyais que ça et je me disais que c’était trop flagrant pour être possible).
Autant dire qu’en fin de compte, je m’étais trompée mais ironiquement, c’était loin d’être dérangeant : [spoiler] j’avais passé mon temps à suspecter Angela Warren alors qu’il suffisait d’aller au plus simple… Cela dit, que Caroline Crale la suspecte in extremis aussi rend l’erreur sensible, elle apporte une dimension touchante. [/fin du spoiler]

Un très bon Hercule Poirot en somme ! Et pour ceux qui sont fatigués de l’ego du détective belge, à part au début, Poirot se montre relativement modeste dans ce tome : il accomplit des prouesses sans étaler son talent pour autant.
Cinq Petits Cochons ne devrait pas décevoir les amateurs de policiers et les admirateurs d’Agatha Christie.

Je me suis toujours demandée ce que le Challenge des 170 Idées entendait par foutoir organisé pour l’idée 9 et la couverture semble finalement correspondre : des tubes de peinture alignés mais avec le contenu gâché et en vrac… ça colle ?

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Les plus grands lecteurs de policiers et ceux qui sont dans le domaine ne l’ignorent pas : un témoignage n’est pas forcément une aide précieuse lors d’une enquête car les faux souvenirs peuvent semer un vrai trouble. La psychologie s’associe avec les forces de l’ordre en créant une méthode appelée l’Entretien cognitif et qui permet un tri entre le vrai et l’imaginé. Plus d’informations sur cet article.
• Comme pour d’autres enquêtes, notamment Un, Deux, Trois…, Agatha Christie s’appuie sur une comptine populaire pour structurer son roman : ici, comme le titre le révèle, c’est l’histoire des cinq petits cochons qui est à l’honneur.





Silence à Hanover Close, d'Anne Perry,

Lorsque Thomas Pitt doit rouvrir le dossier d’un meurtre commis trois ans auparavant dans le somptueux quartier d’Hanover Close, Charlotte et sa sœur Emily lui apportent une aide précieuse en lui ouvrant les portes de la haute société. Mais les secrets qu’elles surprennent sont lourds de conséquences et pèsent comme un couperet sur la vie de Pitt, exposé aux plus sourdes menaces.
Quatrième de couverture par 10/18, Grands détectives.
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Pot-pourri de Leslie George Dunlop

Là, j’avoue, j’ai été pas mal bluffée !
Certes, j’avais beaucoup aimé Rutland Place et Le Cadavre de Bluegate Fields, mais Anne Perry avait échoué sur pas mal de plans et il m’arrive de critiquer vivement ses enquêtes. Et pourtant, je ne sais pas : c’est comme écouter une chanson qu’on dit ne pas aimer mais de l’écouter en boucle quand même. Je ne peux pas m’empêcher d’en glisser dans mes achats lors de mes virées shopping et d’en sortir un sur un coup de tête et le lire avec une certain d’appréhension.
Sauf que cette fois, l’appréhension était injuste car Silence à Hanover Close est un très, très bon tome.

« Il émanait d’elle une sérénité et une assurance certainement dues au fait qu’elle avait toujours été désirée, mais l’étincelle amère qui brillait dans ses yeux disait qu’elle savait ne jamais avoir été aimée. »
P. 185

L’enquête n’est pas des plus spectaculaires pourtant : un cambriolage avec des objets volés qui n’ont jamais été revendus et une victime qui a certainement pris le coupable sur le fait. Bref, il me semble avoir déjà lu quelque chose de très semblable dans d’autres livres, voire même des Sherlock Holmes. Silence à Hanover Close est le schéma inverse de Resurrection Row : un crime banal avec une conclusion renversante ! (Resurrection Row, en revanche, était une énigme complexe avec une conclusion des plus pathétiques…)
Et pour une fois, Anne Perry nous fait la grâce des clichés victoriens : j’ai aimé Veronica York, un personnage important, dont la maigreur est soulignée comme un défaut. Avec un visage osseux, peu de formes et sa chevelure d’encre, elle accumule les tares physiques sous le règne de la reine Victoria mais ne manque pas de charme. D’autres personnages valent le coup aussi car je les ai trouvés assez uniques et inhabituels dans un Anne Perry et ça fait plaisir.
Après les populations de la haute et ceux des bas-fonds, Anne Perry nous trouve un habile subterfuge pour plonger dans le monde des domestiques : quelque chose qui sort de l’ordinaire des romans avec le couple Pitt ! J’ai eu l’impression de voir un épisode de Downtown Abbey en plus cruel : les piques entre soubrettes, les débuts de flirts et les alliances à l’épreuve… Une ambiance qui change des précédents tomes.
C’est dommage que la conclusion oublie ces serviteurs, d’ailleurs… [spoiler] Perry nous prive du plaisir à ce qu'Emily dévoile son rang à ses rivales soubrettes et de la réaction du majordome Redditch que j'ai beaucoup apprécié au passage~ [/spoiler]

Rivalités entre membres de la famille et entre domestiques, le tout dans un cadre luxueux. 
Ceux qui adorent cette ambiance dans la série télévisée Downton Abbey vont aimer ces passages dans Silence à Hanover Close.

Ce qui tombe bien, c’est que ce sont personnages portent cette enquête et elle est très intéressante.
Comme d’habitude, Anne Perry torche sa conclusion aussi vite que possible mais ça ne m’a pas empêchée d’être renversée ! Encore une fois, Anne Perry, bien que connaissant l’époque victorienne, n’est pas contrainte par les tabous de ce siècle et écrit sans retenu, concoctant des trames assez osées.

Grosso-modo ma tête en lisant la fin de lenquête.

Un excellent tome et j’ai presque envie de me précipiter sur la suite, mais je vais faire l’effort de me retenir : si j’en attends trop, L’égorgeur de Westminster Bridge sera probablement une déception et je vais patienter jusqu’à ce que mon engouement retombe un peu.


             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Pour accéder aux chroniques des tomes précédents, je vous invite à voir le Guide de la série.

mardi 17 novembre 2015

Le Huitième Sortilège, de Terry Pratchett,

Octogénaire, borgne, chauve et édenté, Cohen le Barbare, le plus grand héros de tous les temps, réussira-t-il à tirer Deuxfleurs et Rincevent des griffes de leurs poursuivants ?
Question capitale, car le tissu même du temps et de l’espace est sur le point de passer dans l’essoreuse. Une étoile rouge menace de percuter le Disque-Monde et la survie de celui-ci est entre les mains du sorcier calamiteux : dans son esprit (très) brumeux se tapit en effet le… huitième sortilège !
La suite de l’épopée la plus démente de la fantasy, avec, dans les seconds rôles, une distribution prestigieuse : le Bagage, l’In-Octavo, Herrena la harpie, Kwartz le troll, Trymon l’enchanteur maléfique et, naturellement, La Mort…
Quatrième de couverture par Pocket.
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« La Mort ne répondit pas. Il regardait Spold à la façon d’un chien qui lorgne un os, sauf que dans le cas présent c’étaient plutôt les os qui lorgnaient le chien. »
P. 34

Avec ce second tome des Annales du Disque-Monde, je me rapproche à pas de géant vers le qualificatif « grande admiratrice de Terry Pratchett », et pourtant, j’ai trouvé ce tome assez moyen par rapport à La Huitième Couleur qui avait été un vrai coup de cœur.
Paradoxalement, il confirme de plus en plus mon intérêt pour cet auteur anglais.
Paradoxalement… Ouais, effectivement : Pratchett s’y connaît en paradoxes.

Une carte qui sera bien utile !

Là où j’ai été moins emballée par cette seconde partie des aventures de Deuxfleurs et Rincevent, c’est qu’on explore moins l’univers du Disque-Monde. Ou plutôt : on explore l’univers à travers des prophéties magiques et qui annoncent la fin du monde… Comme la plupart des prophéties, en fait. Mais quant aux mœurs, à la géographie, à la gastronomie ou à la culture, Le Huitième Sortilège est moins touristique que La Huitième Couleur et les prouesses de l’imagination de Pratchett sont moins visibles. Par contre, la plume reste toujours aussi délicieuse et j’applaudis une fois de plus la qualité de la traduction : Patrick Couton fait un travail remarquable.
On a quand même quelques surprises, bien qu’elles restent classiques en Fantasy et se résument globalement à des parodies : une guerrière en armure de cuir qui ne la dévoile pas trop (logique et vrai pied-de-nez), un barbare des steppes qui est perclus de rhumatismes et à qui il manque des dents, une prophétie peu claire et qui soulève des psychoses… Une bonne dose d’humour qui utilise à outrance les références et fait plaisir aux lecteurs de Fantasy les plus passionnés.

Quant aux personnages, Rincevent et Deuxfleurs sans oublier le Bagage sont au mieux de leur forme et sont rejoints par Cohen le Barbare, un personnage hilarant et qui anime bien les pages aux côtés de Bethan qui ne manque pas de piment non plus.
Et sans oublier les fameux trolls aussi qui apportent une touche de tourisme comme je les ai aimées dans La Huitième Couleur, avec les explications autour de leur survie et le trafic à propos de leurs dents en diamant. Des créatures que je serais ravie de revoir…

Avec Le Huitième Sortilège, Pratchett obéit aux règles classiques de la Fantasy : après avoir présenté le décor dans le premier tome, place à l’action et à un fil conducteur moins farfelu qu’une visite menée par un mage trouillard. Et l’auteur joue la carte à fond : une prophétie funeste où la magie joue un grand rôle, tout ce qu’il y a de plus simple dans le genre et pourtant, je ne sentais pas le filon pleinement exploité, l’humour est présent mais pas assez…
Une intrigue au final dont j’aurais pu me passer.

Un tome un peu en dessous du précédent mais qui me rapproche de ce talentueux rêveur et ayant La Huitième Fille dans ma bibliothèque, je continuerai bien évidemment les aventures qui se déroulent sur le Disque-Monde.

Grâce au touriste Deuxfleurs et son appareil à images qu’il a à son cou, je peux valider l’idée n°28 du Challenge des 170 Idées !

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
Le Huitième Sortilège est le seul tome de la saga Les Annales du Disque-Monde à être une suite directe du tome précédent, sinon, tous les autres tomes peuvent se lire indépendamment et chacun obéit parfois à des trames qui se croisent aléatoirement.
Un plan assez utile pour ceux qui, comme moi, voudront reste fidèle à l’avancement des aventures :