dimanche 30 novembre 2014

Bilan Mensuel : Novembre 2014 [28]


Mon dos se remet lentement mais sûrement et je serai peut-être capable porter la hôte du Père Noël pour Décembre. Quoique mon but est quand même de redevenir plus active dans mon domaine et de partager davantage de chroniques !
Voici celles disponibles qui concernent mes lectures du mois :

Quant à mes achats, il fallait bien que je me montre raisonnable... Sauf pour une exception qui me fait envie depuis trop longtemps, tant pis pour J’ai Lu, je me tournerai vers Pygmalion pour la saga du Trône de Fer désormais :

Je boucle ce mois-ci deux challenges, celui de l’Écosse qui se termine demain et celui de Sherlock Holmes même si le post sur le blog de Filipa n’existe plus... M’en fiche ! J’ai quand même vaincu ! Il ne me reste plus qu’à terminer les autres challenges mais j’ai encore du temps. Et peut-être à céder pour certains ?

J’en profite pour vous faire une jolie annonce aussi : au mois de Mai 2013 (j’ai fouillé dans les bilans), je vous expliquais que l’écriture était une grande passion chez moi et que je m’attelais sérieusement à une aventure qui connaîtra un jour, je l’espère, son public. Me sentant plus ou moins prête à vous partager des éléments, j’ai décidé d’ouvrir une page Facebook avec son titre provisoire "Quand les Loups hurlent". 
J’espère vous embarquer d’ici quelques mois dans les premiers chapitres (qui seront gratuits) où se mêlent des lycanthropes, une sorcière blanche, un roi solitaire, des Nains disparus, un Dieu Forgeron et d’autres éléments.
Quant à la suite de l’histoire, je compte la mettre en ligne pour 1€, j’y réfléchis encore... À part bien sûr pour ceux qui se proposent comme premiers lecteurs, correcteurs.
Croyez-moi, sensible comme je suis, chaque encouragement comptera énormément pour moi. Cela dit, rassurez-vous : je garde mon rôle de chroniqueuse car comme dit Stephen King, un auteur écrit beaucoup et lit aussi beaucoup~


Sur ce, bon mois de Décembre à tous ! Courage à ceux qui passent leurs examens, courage à ceux qui croulent sous les achats et courage à ceux qui endurent rhume, fièvre ou je-ne-sais-quelle-bêtise-du-froid.
Survivez au moins jusqu’aux cadeaux !

Mademoiselle Else, d'Arthur Schnitzler

Mademoiselle Else ou le soliloque tragique d’une femme piégée par les oscillations de l’âme. A travers les mots et les errances désespérées de son personnage, Schnitzler brosse le tableau exemplaire des fascinants déchirements de la morale viennoise au tournant de la modernité, valse – hésitation entre désir et devoir, entre fantasmes de prostitution et rêves de continence. 
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche.
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Après Madame Bovary, je vous présente une autre bonne surprise dans une version plus jeune avec Mademoiselle Else, une Bovary à l’autrichienne. Plus court et dans un format bien différent, je me sentais obligée de sélectionner les résumés car certains en dévoilent beaucoup trop.

Déjà, la nouvelle aborde un format nouveau à cette époque et assez étrange qui ne plaît pas à tous les publics : le monologue intérieur. Les dialogues ne sont entendus que d’un seul point de vue, les événements sont aperçus à travers les yeux de cette demoiselle qui nous partage, sans le savoir, ses pensées les plus enfouies. Journal intime oral, confessions du moment, le lecteur est emporté sur ses divagations de jeune femme perdue comme un canoë l’est par des torrents troubles. Le rythme est quelques fois répétitifs mais il est rapide, cinglant et cette nouvelle cache en fait un véritable tourbillon !
Délirante, décalée, drôle malgré elle et tragique, je me suis attachée à cette petite demoiselle Else, figure féminine un peu hystérique et prétentieuse mais attachante, les lectrices se reconnaîtront certainement dans quelques parcelles de cette autrichienne qui croque la vie et fonctionne en accéléré.
Amusant et pourtant profondément tragique, Else préfère rire que pleurer, elle préfère se battre plutôt que de s’enterrer, oser plutôt que se cacher. Mais qui n’a pas rêvé faire des miracles ? Qui ne se construit pas les scénarios les plus délirants sans parvenir à les accomplir ? Else est profondément humaine et est exposée avec ses défauts que l’on partage tous sans se l’avouer.
Les personnages secondaires ne sont malheureusement pas creusés, j’aurais volontiers lu d’autres monologues pensés par Fred, Paul mais surtout le vieux von Dorsday qui démontre autant de défauts humains mais réalistes que la jeune Else. [spoiler concernant la fin] La fin est donc assez frustrante puisque jamais on apprendra la réaction de l’entourage d’Else, ce que penseront ses parents,von Dorsday... Mais après tout, morte, Else non plus ne saura jamais comment se déroulera son enterrement et nous emporte dans son sort malheureux. [/spoiler concernant la fin]

L'auteur qui risque de
rejoindre mes chouchous.
Très psychologique, Arthur Schnitzler a entretenu une longue correspondance avec le célèbre Sigmund Freud qui le voyait comme son doppelgänger (et effectivement, ils se ressemblent étrangement !) et Schnitzler fut même un des premiers lecteurs de L’Interprétation des Rêves. On reconnaît des concepts freudiens et surtout, la même audace que le psychanalyste pour aborder des notions sexuelles chez un esprit si jeune. Mais Schnitzler le fait sans perversité mais plutôt pour disséquer l’âme d’une jeune fille qui passe d’un stade prude à une sorte de liberté dissimulée sans connaître le vrai acte en lui-même, ne connaissant que les flirts innocents.

Si le style m’a quelque peu terrifié au début, j’avoue que je ressors conquise de Mademoiselle Else. Le cœur un peu serré pour cette demoiselle, pour le vieux bonhomme Dorsday et surtout, son auteur talentueux et perspicace mais pourtant durement critiqué à son époque.
Curieux, si vous avez une après-midi de libre, n’hésitez pas à faire connaissance avec Mademoiselle Else et de découvrir un des premiers monologues internes de la littérature autrichienne.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Une anecdote assez tragique et perturbante sur la vie privée d’Arthur Schnitzler qui coïncide étrangement avec la fin de son roman : [spoiler sur le dénouement de Mademoiselle Else] sa fille, Lili, s’est suicidée en 1930, à 18 ans. Selon les témoignages du père lui-même, Lili avait laissé une note qui disait « qu’elle ne voulait pas mourir ». Une triste fin qui ressemble à celle d’Else écrit six ans auparavant. On s’en doute : l’auteur ne s’est jamais remis totalement de ce décès et aurait reçu par la suite des lettres l’accusant d’être responsable, qu’avec l’éduction donnée à Lili, elle finirait forcément comme ça. Arthur Schnitzler meurt finalement en 1931. [/spoiler sur le dénouement de Mademoiselle Else]
• Les thèmes abordés sont vus comme « assez tabous » (encore aujourd’hui, peu d’auteurs oseraient écrire sur la confrontation entre une jeune fille ignorante et un vieil homme qui fantasme sur elle) et beaucoup d’œuvres de Schnitzler ont été détruites par les nazis qui allaient jusqu’à interdire les représentations de ses pièces de théâtre.

Madame Bovary, de Gustave Flaubert,

Une jeune femme romanesque qui s’était construit un monde romantiquement rêvé tente d’échapper à l’ennui de sa province, à la médiocrité de son mariage et à la platitude de sa vie. Mais quand Flaubert publie Madame Bovary, en 1857, toute la nouveauté du roman réside dans le contraste entre un art si hautement accompli et la peinture d’un univers si ordinaire.
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche, Classiques.
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« Pauvre petite femme ! Ça bâille après l’amour, comme une carpe après l’eau sur une table de cuisine. »
P. 225
[Le 12 Décembre 2011, Google fêtait le 190ème anniversaire de Gustave Flaubert avec cette jolie bannière]

En voilà un livre bien mal aimé ! En voilà un personnage bien méprisé !
On m’avait souvent parlé du style assommant de Flaubert, de son héroïne exécrable, de ses passages longuets… Tant de critiques sévères qui m’ont refroidi durant le lycée, achevant de me désintéresser totalement de Madame Bovary. Toutefois, si je ne serai pas l’avocate d’Emma Bovary, je serai en tout cas celle de Flaubert maintenant que j’ai refermé le livre.

Je ne peux pas le nier : Gustave Flaubert, comme bon nombre d’auteurs de son époque, s’attarde sur des détails qui nous semblent complètement dérisoires pour notre génération du XXIème siècle habituée au rapide et concret. Il y raconte les différents modèles de voiture, la médecine et son enseignement des 1860 à 1892, des oppositions entre les gens de campagne et ceux de la ville… Sauf que certains ne l’ignorent pas : le XIXème siècle est une véritable passion chez moi et les nombreux détails ne m’ont absolument pas dérangés. Madame Bovary n’est pas seulement un roman qui nous ramène en arrière, c’est un étrange manuel à la fois sociologique, mécanique et historique de l’époque, à tel point que j’ai gardé certaine notes et j’espère pouvoir les réutiliser.
Quant au style, je suis déjà venue à bout de classiques riches en descriptions et Madame Bovary n’est pas le pire d’entre eux, malgré les avis que j’ai entendus. La plume de Flaubert aide beaucoup sur ce point car on sent un certain talent dans la narration, une passion pour les mots. Et puis, on se souviendra tous de la comparaison entre l’ennuyeux Charles Bovary et un trottoir. Pauvre gars…

Mort de Madame Bovary (1883) par Albert Fourié.

D’ailleurs, les reproches visent majoritairement les personnages, galerie peu glamour où les défauts et les mauvaises conduites s’accumulent, à commencer par la fameuse Emma Bovary. Non, je ne peux pas dire que j’ai aimé Madame Bovary, mais je ne peux pas dire non plus que je l’ai détestée : certes elle est capricieuse, infidèle, prétentieuse, égoïste… Mais Emma est surtout malade et j’ai été agréablement surprise de voir une hystérique aussi bien représentée dans une œuvre fictive et malgré tout, sa mort m’a fait beaucoup de peine (Ouais, je spoil un peu, mais ce livre est tellement connu qu’on ne dissimule plus le rôle joué par l’arsenic dans la dernière partie).
Je n’idolâtre pas non plus ses compères. En revanche, c’est la richesse d’un personnage que j’aime juger, pas si j’aimerais l’avoir dans mes contacts Facebook. Plus que Rodolphe Boulanger, j’ai été surprise par l’évolution de Léon Dupuis qui offre des images très paradoxales et intéressantes. On sort du roman à l’eau de rose et on a une vision plus ou moins véridique de l’amour adultère, Flaubert dissèque avec réalisme ce genre d’aventures qui connaissent rarement de belles fins (surtout à cette époque).
Malgré son côté benêt, j’ai été véritablement touchée par Charles Bovary, ce pauvre gars balourd, gauche et qui voue un culte naïf à sa femme qui passe les trois quarts de son temps à le rabaisser. C’est « l’idiot du roman » mais son importance ne peut pas être balayée et j’ai eu beaucoup de considération pour ce personnage.
Je n’oublie évidemment pas Homais, le phare éclatant, si éclatant qu’il en devient aveuglant, agaçant. Le personnage si emmerdant qu’il en devient drôle et si représentatif de la fausse bourgeoisie de cette époque. Il connaît d’ailleurs une conclusion où j’ai beaucoup ricané avec des côtés assez burlesques.
Bref, une galerie bien complète qui ne séduira que grâce à ses défauts et non avec ses charmes.

« Elle eut dans ce temps-là le culte de Marie Stuart, et des vénérations enthousiastes à l’endroit des femmes illustres ou infortunées. Jeanne d’Arc, Héloïse, Agnès Sorel, la belle Ferronière et Clémence Isaure, pour elle, se détachaient comme des comètes sur l’immensité ténébreuse de l’histoire [...]. »
P. 101

C’est dommage que j’ai tant tardé à lire ce roman mais c’est maintenant chose faîte et le jour où je tomberais dans une conversation concernant Madame Bovary, je pourrais défendre ce classique noir avec des arguments. Homais a écrit sur une tombe « Sta viator, amabilem conjugem calcas ». À mon tour, j’inscris sur ma chronique « Sta viator, amabilem librum occurris ».

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Avant la publication en librairie de Madame Bovary, Gustave Flaubert a été jugé pour des « écrits immoraux » et de nombreux passages ont été supprimés (il suffit de taper Madame Bovary scène du fiacre). Certaines éditions, comme celle du Livre de Poche, propose des versions complètes et ajoutent des annotations pour dire quel passage avait été supprimé.
• Quand je dis que Madame Bovary est complet en anecdotes victoriennes, il suffit de voir toutes les références à la Monarchie de Juillet (dur de ne pas comparer la déchéance d’Emma Bovary avec cette petite monarchie vouée à l’échec, au passage), la page 66 est recouverte d’anecdotes sur la médecin (le père de Gustave Flaubert était après tout médecin, on peut donc comprendre que le père Gustave soit si bien renseigné), les notes de la page 85 nous présente les différents types de véhicule, etc.



jeudi 27 novembre 2014

Absinthes & Démons, d'Ambre Dubois,

Qui est réellement Lord Nermeryl ?
Le diable, comme le laisse sous-entendre la rumeur ? Ou un jeune dandy un peu trop excentrique dont le passe-temps morbide est d’enquêter sur des affaires surnaturelles ?
Au fil des énigmes, en compagnie de sa fidèle compagne, la Corneille, le jeune homme goute la saveur des âmes des âtres humains, découvrant les travers de l’humanité et y apportant sa propre justice... d'une manière bien singulière...
Quatrième de couverture depuis le Site Officiel de lAuteure.
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Charmée par les commentaires toujours très enjoués, intriguée par ce titre alcoolisé et à tendances démoniaques, j’ai emprunté Absinthes & Démons pour le commencer le jour-même, pressée de voir ce qui m’attendrait. Autant vous dire tout de suite : j’ai rendu ce livre sans aucun regret car ce fût une vraie déception.

Déjà, ce sont toutes les louanges sur la plume d’Ambre Dubois qui ont attiré ma curiosité. Mais je me rends compte que ces fameuses louanges devaient venir d’un public facile à satisfaire car j’ai été très surprise : le vocabulaire est pauvre (je ne compte même plus les "prunelles mordorées" qui se pointent toutes les deux pages avec les "sourires cruels"...), des répétitions à foison qui cassent, détruisent le rythme. Je cite juste deux exemples qui m’ont marqués : "De délicates morsures couraient le long de sa nuque et de son torse d’une délicate blancheur" ou "Avec lenteur, elle s’élevait lentement, sans faire un geste ni un mouvement". Les synonymes ne sont pourtant pas durs à trouver et une relecture aurait supprimé ce genre de défaut.
J’ai donc souvent buté durant ma lecture.

Davantage de descriptions de décor
et des détails plus poussés
auraient été les bienvenus…
Forcément, l’ambiance en a pris un sacré coup. Si le thème n’est pas sans intérêt, je n’ai pas été plus emballée que ça : Ambre Dubois mise sur la luxure plutôt que l’horreur, faisant de ses monstres des êtres lubriques plutôt que des dangers pour les mortels, tout en n’assumant pas suffisamment les passages érotiques qu’elle place à chaque nouvelle. Je ne demandais pas les mots "anus" ou "bite", mais enfin, si on pouvait sortir du cliché de l’amour facile et monotone, hein...
Avec tous les amants que se tape Jorian, je pensais voir plus d’originalité ou de diversité (une femme à tendances sataniques, un amant plus réticent au vue des lois interdisant l’homosexualité à l’époque ? C’aurait été plus sympa, non ?), une utilité à ces passages. Cela dit, même hors du lit, la psychologie des personnages fait un peu du surplace : fades et sans distinction, aucun n’a marqué ma mémoire. Pas même le personnage principal, Jorian Nermeryl, tellement agaçant et au charme si lourd, si évident qu’il n’a pas opéré sur moi. En même temps, j’ai toujours horreur des protagonistes qui sentent la perfection…
Il y a juste peut-être la Corneille qui me restera en tête mais sans plus, car bien qu’elle accompagne l’orgueilleux Lord Nermeryl, elle est trop souvent reléguée au second plan.
Certaines lectrices rêvent de rencontrer Jorian, alors que de mon côté, je préférerais plutôt inviter la Corneille à boire un verre…

Bref, c’est bien dommage car j’étais curieuse tout le long du récit, laissant une ultime chance mais au final, il y a comme une impression d’inachevé : leur histoire est avortée, coupée. Pourtant, avec un thème si riche, il y avait quoi creuser plus profondément dans les ténèbres.
Je m’attendais à retrouver des traces d’héritage de Le Fanu, de Baudelaire ou de Poe, je m’attendais à lire une histoire terrifiante mais élégante, sordide mais charmante, une Poppy Z. Brite à l’Ère Victorienne mais j’étais très loin de mes espérances, passant totalement à côté de ce recueil de nouvelles.

Au moins, grâce au titre, je peux valider l’idée n°70 du Challenge des 170 Idées...

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Rien pour l’instant, je digère et je cherche quelque chose à partager.

lundi 24 novembre 2014

The Elder Scrolls III : Morrowind,

Les Prophéties oubliées annoncent que l’Incarné, la réincarnation de l’héroïque Dunmer (elfe noir) Nerevar, gagnera Morrowind pour débarrasser ses terres d’une malédiction.
Afin de réaliser cette prédiction, l’Empereur a envoyé un messager inconnu à la destinée incertaine sur l’île de Vvardenfell.
Par une série de quêtes magiques et périlleuses, ce messager deviendra l’un des héros les plus vaillants de l’Empire.
Résumé du Site Officiel.
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Je reviens enfin d’un fantastique voyage de 150 heures où, sur des terres tantôt verdoyantes, tantôt cendrées, j’ai croisé des mages farfelus, des guerriers prétentieux, des elfes conservateurs et des nomades méfiants dans des villes sablées ou infestées de champignons géants, des créatures dangereuses qui arboraient de vives couleurs…
Si en 2011 Skyrim faisait autant de bruit qu’un ouragan, un vent lointain se fait encore entendre quand les joueurs les plus chevronnés parlent de Morrowind, succès certain de Bethesda Softworks en 2002.

Bien que je suis une grande fervente de la saga The Elder Scrolls, je suis moins puritaine que ceux qui s’acharnent contre les petits fans de Skyrim qui ne touchent pas au troisième volet car il faut le reconnaître : Morrowind, c’est une sale bête dur à dompter. Les créateurs n’ont pas fait dans la dentelle et l’aventure promet d’être très laborieuse.
Mais elle vaut largement le coup.


J’aime comparer l’histoire de Morrowind à une tragédie grecque, à de la science fiction aux allures divines, mythologiques. Vous l’aurez compris : le scénario est très complexe et finir le jeu n’apportera pas seulement des réponses mais aussi des questions. Le Nérévarine, réincarnation du charismatique Nérévar, doit chasser les étrangers de Morrowind et dévoiler la vérité sur sa mort. Mais dans cette quête, les notions de gentil et méchant deviennent complètement brouillées, il y a tour à tour des alliés, des ennemis, des traîtres… Et bien que vous incarnez un être légendaire, vous n’aurez pas l’avantage dans ce monde très complexe et particulier. Pour être honnête, il est même probable que vous vous sentiez perdu pendant de longues heures.
Morrowind est donc un univers difficile à maîtriser car les thèmes abordés sont délicats. Je pense surtout à la religion des Dunmers qui est le sujet majeur de cette quête principale : trois elfes ont remplacé les trois divinités démoniaques qui étaient autrefois vénérées, ces êtres mortels sont alors devenus des Dieux tour à tour admirés et insultés. Leur religion est toute une mythologie dure à cerner aux premiers abords et il faudra vous plonger dans l’univers de Morrowind comme on plonge dans un livre.
Mais rassurez-vous car vos efforts seront récompensés. Le joueur valse entre dark fantasy, science fiction et ethnologie, évoluant dans un monde très personnalisé et travaillé où les influences asiatiques, berbères et africaines sont bien ressenties. Vous ne verrez pas cet univers deux fois, contrairement à Oblivion ou Skyrim où les inspirations médiévales et nordiques sont trop évidentes.

Si les screens ne sont pas suffisamment représentatifs pour vous, il y a toujours les fanarts les plus fidèles qui vous montreront de quoi je parle :
Pour ceux qui sont intéressés, jetez-vous sur la galerie de Minttu, artiste exceptionnelle qui a tout saisi de l’univers de Morrowind.

Certes, on sent que le jeu a vieilli : vieux bruitages excessifs et pas tellement fluides, animation monotone et saccadée, défauts typiques des jeux des précédentes générations… Et pourtant ! Personne ne peut le nier, le jeu possède beaucoup de charme, que ce soit au niveau des couleurs harmonieuses, des décors diversifiés et des prouesses de l’imagination. Sans compter que les joueurs modernes ont la possibilité de modder leur jeu en rendant les graphismes aussi beaux que les sorties vidéoludiques les plus récentes.
Personnellement, je me suis vite habituée et je n’ai pas eu besoin d’avoir recours à des mods, mais tout dépend de vos goûts maintenant !

Je vous laisse comparer !

L’avantage de l’âge de Morrowind vient aussi de son côté old school : l’équipe a réussi à mêler jeu de plateau et RPG informatique, permettant au joueur de bénéficier d’énormément de libertés (un point que j’ai adoré : vous pouvez refuser des quêtes, voire dire merde à la quête principale en tuant une personne nécessaire à l’avancement de l’histoire, personne n’est immortel !) et il est difficile de refaire deux fois la même partie.
L’évolution du personnage est aussi plus stricte car vous choisissez dès le début de votre partie l’apparence, le signe astrologique, le métier et les compétences. Vous avez la possibilité d’inventer un métier mais les aptitudes choisies devront être privilégiées car ce sont elles qui permettront à votre personnage de gagner des niveaux.
Si les dialogues ne sont pas doublées et vous obligeront de lire, il y a quand même un plus : vous avez beaucoup plus de répliques possibles, vous pouvez poser des questions, choisir des sujets de conversations qui vous permettront d’en apprendre plus et vous pourrez graisser la patte, menacer ou charmer vos compères…


À force de persévérer dans ce monde dangereux mais fascinant, vous finirez vous aussi par rencontrer les terrifiants Ordonnators, ces gardes aux devoirs sacrés, les Cendrais, nomades persécutés et méfiants qui joueront pourtant un rôle capital dans votre ascension, les Grandes Maisons qui se départagent majoritairement entre les Hlaalu, commerçants amoureux des humains, les Telvanni, mages orgueilleux, nombrilistes et inconscients et les Redoran, guerriers accueillants et qui priment avant tout le sens du devoir et de l’honneur.
Sans oublier les guildes riches et aux quêtes nombreuses où les personnages intéressant pullulent. Mes coups de cœur vont vers la Guilde des Mages et la Morag Tong, groupe d’assassins très strict qui suivent de vieilles traditions et des rituels pour commettre leurs meurtres.


Si j’ai réussi à vous convaincre (et croyez-moi, si Morrowind arrive à vous charmer à travers cette chronique, je juge ma mission accomplie), laissez-moi vous donner quelques tuyaux qui seront bien utiles !
• N’acceptez jamais trop de quêtes. Contrairement à Oblivion ou Skyrim, les quêtes ne sont pas classées dans un menu déroulant mais écrites et confinées dans un seul et même journal. Si vous acceptez une quête de trop mais que vous l’oubliez, vous serez obligé de relire chaque page pour retrouver la dite quête. Le mieux est de transposer ce journal dans la réalité : sur un petit bout de papier, écrire les missions en cours, etc.
• Les indications données ne sont jamais trop claires dans Morrowind, je vous laisse donc cette encyclopédie (anglaise) qui vous guidera certainement plus d’une fois.
• La carte est très spéciale dans Morrowind et honnêtement, je préférais me reporter sur celle que vous trouverez ci-dessous (attention, gros fichier !) :

• Tout se vend à Morrowind, absolument tout. Comme la vaisselle et les babioles ne vous sont d’aucune utilité, pensez à les revendre pour amasser le plus d’argent possible. Et astuce : vendez-les par pièce, ça prend plus de temps mais 10 fourchettes vendues en paquet coûteront 7 pièces, tandis qu’à l’unité, le marchand vous donnera 10 pièces car une pour chaque fourchette. Bref, vous serez gagnant~
(évitez de commettre la même bêtise que moi par contre : de voler le marchand et d’essayer de lui revendre sa propre marchandise car aussi surprenant que cela puisse paraître, il reconnaîtra ses biens !)


Vous l’aurez compris : Morrowind est un coup de cœur énorme et je pourrais en parler pendant des heures tant cet univers m’a vendu du rêve. Je ne sais pas ce que je donnerais pour pouvoir lire un roman avec des elfes aussi peaufinés et fouillés, une trame d’histoire aussi émouvante et une ambiance aussi bien menée.
J’ai adoré Oblivion, j’ai aimé Skyrim, mais Morrowind… Je comprends le succès qui, telle la chaleur luisante des braises, perdure depuis plus de dix ans et continue de réchauffer ses fans grâce à ce feu magique, hypnotisant quoique dangereux…

Dernière mention pour les Ordonnateurs car bien qu’ils m’ont fait flipper plus d’une fois, je les adore :
Ça ne s’appelle plus du charisme quand on intimide à ce point...

             Quelques anecdotes sur ce jeu,
• Tous les screens de cette chronique sont issus de ma propre partie (sauf celle pour le mod qui améliore les graphismes).
• Bien que je ne les ai pas encore testé, deux DLCs sont sortis pour Morrowind : le premier se nomme Tribunal et le second Bloodmoon.
• Pour ceux qui ne possèdent que Skyrim et voudraient un avant-goût du monde des Dunmers, je vous invite à jeter un œil sur la chronique de Dragonborn.

Les Aventures de Sherlock Holmes [Tome 3], d'Arthur Conan Doyle,


Il vit à Londres, au 221B Baker Street, à la fin du dix-neuvième siècle. Il a des idées un peu bizarres… Il se passionne pour certaines branches de la science. Il est assez calé en anatomie, est un chimiste de premier ordre qui, malgré des études très décousues et excentriques, a amassé un tas de connaissances peu ordinaires. Il n’est pas aisé de le faire parler, bien qu’il puisse être assez expansif quand l’envie lui en prend. Il joue du violon.
Il a un métier : dénouer des énigmes étranges auxquelles il est le seul à pouvoir apporter une solution.
Il a un défaut : il affectionne les drogues.
Il a un ami : le docteur Watson, témoin et narrateur de ses aventures.
Son créateur, Arthur Conan Doyle, a inventé le récit policier moderne.
Il s’appelle Sherlock Holmes.
Quatrième de couverture par Omnibus.
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« — Cela signifie qu’il y a une affaire en cours, je suppose ?
— Oui monsieur ; il est à fond là-dessus en ce moment. Je m’inquiète pour sa santé. Il est de plus en plus pâle et maigre, et il ne mange rien. « Quand désireriez-vous dîner, monsieur Holmes ? » lui a demandé Mme Hudson. « À sept heures et demi, après-demain », a-t-il dit. Vous savez comment il est lorsqu’une affaire l’inspire. »
P. 707

Rencontré il y a maintenant plus de cinq ans, j’avais dans l’objectif d’acheter toutes les nouvelles et tous les romans d’Arthur Conan Doyle qui met en scène son célèbre détective Sherlock Holmes. J’avais opté pour les éditions Omnibus car les trois tomes sont bilingues et y sont représentées les illustrations de Sidney Paget, illustrations d’époque. Depuis, ni Holmes, ni son fidèle Watson n’ont quitté ma vie de lectrice : ils se sont immiscés dans des pastiches, des adaptations, des clins d’œil dans des romans policiers… Et même à un cours de de criminologie de trois heures où l’enseignante mettait l’accent sur les méthodes de déductions et tout ce que l’œuvre de Doyle a apporté à la police (ce n’est pas pour rien si un programme de la police anglaise se nomme HOLMES 2).
Et pourtant, il fallait bien que je finisse par m’en séparer. Ou presque. Si j’ai acheté les trois tomes, c’était pour les lire, et si j’ai dévoré les deux premiers en l’espace de deux ans, j’ai longtemps repoussé la lecture du dernier tome. Ce n’est que grâce au Challenge Écosse que j’ai fini par me pousser un peu au cul et à me lancer dans ces dernières enquêtes.
Je dois dire que j’ai été très surprise : Doyle s’autorise plus d’anecdotes, d’humour et dote même son héros d’un côté plus humain, comme si Holmes en était venu à délaisser son image de cerveau penseur. Placé face à de situations assez sentimentales et violentes, Sherlock Holmes devient plus réaliste que jamais, surtout aux côtés de son ami Watson.
Je n’ai pas regretté cette lecture : Doyle ne perd pas la main dans la construction de mystères intelligents même si il délaisse un peu les méthodes. Mes impressions en détails ci-dessous…
Pour rappeler un peu le premier et le second articles, je note les romans et aventures au cas par cas avec mes impressions, à savoir que la note finale n’est pas une moyenne de toutes les notes ci-dessous, c’est une impression générale.


             • La Vallée de la Peur (titre original, The Valley of Fear, publié en Décembre 1915) 3/5
Dernier roman de Sherlock Holmes, La Vallée de la Peur offre une enquête qui peut s’étendre et se compléter. Je n’ai pas été totalement emballée cependant car le récit se rapproche un peu trop de celui d’Une Étude en Rouge à mon goût, le plaisir de la rencontre en moins.
Doyle nous entraîne tout d’abord dans un décor typiquement anglais : un magnifique château médiéval, des douves humides et des nuits glauques qui, grâce à leur tranquillité et leur silence, permettent à des crimes de s’opérer. Bien sûr, tout ce début était à mon goût, surtout grâce à cette remarque de Watson : l’existence quasi-éternelle d’un château perturbée par un meurtre victorien qui fait l’effet d’une fausse note. Une pointe de modernité qui entache cette fresque médiévale si parfaite.
[Ci-contre, La jeune fille à l’agneau, de Jean-Baptiste Greuze, un tableau au goût d’un redoutable professeur.]
Le mystère est aussi riche que le décor : les indices sont intéressants et les énigmes ne se démêleront pas facilement. La conclusion, en tout cas, ne sera pas uniquement apportée par Holmes, un autre élément s’ajoutera.
Je serai franche : j’ai eu du mal à accrocher à la suite du récit. Le décor bascule trop brusquement et c’était très dur de retrouver le fil tout en gardant en mémoire les indices du début.
Le final rattrape un peu le tout, mais voilà, mon intérêt était bien tassé.
La Vallée de la Peur reste un roman très sympathique mais, quand on a déjà lu Une Étude en Rouge, il y a comme une impression de redondance. D’autant plus que le format n’est, selon moi, pas pleinement exploité par Doyle.

Son Dernier Coup d’Archet,
             • Wisteria Lodge (titre original, The Adventure of Wisteria Lodge, publié la première fois en Août 1908) 4/5
Avec Wisteria Lodge, on se retrouve dans une demeure aussi immense que l’énigme qui fera la joie de Sherlock Holmes et du docteur Watson (enfin, presque pour ce dernier…) : un client suspecté, des rituels macabres, une victime à l’honnêteté questionnable, des intentions décalées et une apparition effrayante et presque surnaturelle ! Bref, Doyle a de quoi occuper son lecteur avec cette nouvelle où les filons sont nombreux et la conclusion est surprenante !
Je regrette juste que, à la façon d’Anne Perry, Doyle délaisse quelques indices qui sont trompeurs, ainsi, l’idée que je me faisais sur l’ambiance était fausse, mais ce défaut est rattrapé par un élément de taille, ou un personnage plutôt : l’inspecteur Baynes. Mais je n’en dis pas plus, cela pourrait gâcher les surprises du personnage~
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• Dès le début, Sherlock Holmes fait allusion à La Ligue des Rouquins et Cinq Pépins d’Orange, nouvelles apparues dans les Aventures de Sherlock Holmes.
• C’est une des aventures où Watson annonce une date, 1892, mais Holmes est sensé faire le mort et ne réapparaît qu'en 1894.
             • Le Cercle Rouge (titre original, The Adventure of the Red Circle, publié la première fois en Mars 1911) 3/5
Si Doyle fait toujours preuve d’imagination même dans ce recueil, il faut reconnaître qu’il faut attendre un peu avant d’assister à des prouesses d’originalité : le schéma du Cercle Rouge se rapproche un peu trop de celui de La Vallée de la Peur. [spoiler]On enchaîne trois fois à la suite avec des organisations criminelles[/spoiler] et il y a un effet un peu redondant, un rythme très lassant.
L’énigme est pourtant au départ très captivante avec des indices intrigants, poussant à la curiosité. Mais voilà, le thème m’a quelque peu ennuyée et la fin n’a pas réussi à me recaptiver.

             • Les Plans du Bruce-Partington (titre original, The Adventure of the Bruce-Partington Plans, publié la première fois en Décembre 1908) 3/5
Déjà, le vrai plaisir des Plans du Bruce-Partington, c’est la présence de Mycroft Holmes. C’est d’ailleurs la dernière fois qu’on le rencontre et il faut bien en profiter. Et si cette énigme ne manque pas de charme, la note assez mitigée vient du fait que c’est moi qui ai déconné : persuadée que j’avais déjà lu la nouvelle, j’ai visionné l’épisode de la série Granada. Je me souvenais du tour avec les volets, de l’agitation dans la gare, l’astuce des rails… Bref, je n’avais eu aucune surprise.
Mais le bon signe dans tout ça, c’est que l’enquête est digne des plus célèbres nouvelles de Doyle et que l’adaptation m’a tellement marquée que dès le début de ma lecture, ma mémoire était totalement rafraîchie.
             • Le Détective Agonisant (titre original, The Adventure of the Dying Detective, publié la première fois en Novembre 1913) 4/5
Arthur Conan Doyle ne manque pas d’imagination malgré sa plume assez chirurgicale et pauvre : pour Le Détective Agonisant, le lecteur se retrouve aussi désemparé que Watson devant la détresse d’un Sherlock Holmes mourant à petit feu. Comment le détective agonisant pourrait résoudre une énigme en étant cloué au lit, suant et délirant. Pire : il refuse l’aide de son fidèle ami médecin.
L’énigme est donc complètement éclipsée par cette angoisse et apparaît bien soudainement grâce à un retournement de situation magnifiquement orchestré ! Doyle s’est encore une fois surpassé pour le grand plaisir de ses lecteurs.
Une excellente nouvelle qui répondra aux attentes des curieux.

             • La Disparition de Lady Frances Carfax (titre original, The Disappearance of Lady Frances Carfax, publié la première fois en Décembre 1911) 5/5
Si on aborde souvent le vol ou le meurtre, Doyle n’a pas tellement utilisé le thème de la disparition et pourtant, lorsqu’une victime est kidnappée, il nous sert un p’tit bijou : je pense à L’École du Prieuré par exemple, mais je pourrais maintenant citer La Disparition de Lady Frances Carfax.
Mouvementée et complète, l’enquête réserve de nombreuses surprises et ne fera pas bâiller son lecteur. Le rythme ne s’essouffle même pas au bout et offre même une conclusion qui fait froid dans le dos, distillant un peu d’horreur dans ce monde criminel… Encore une preuve que Sherlock Holmes, contrairement à son frère Mycroft, a tout intérêt à s’activer quand il est sur un mystère.
Une excellente nouvelle qui pourra satisfaire les connaisseurs comme les moins aguerris des histoires de Doyle.

             • Le Pied-du-Diable (titre original, The Adventure of the Devil’s Foot, publié la première fois en Décembre 1910) 3/5
À la fois terrifiante et intrigante, Le Pied-du-Diable est un mystère aux éléments très complexes. Si les motifs ne sont pas vraiment obscurs, c’est l’arme du crime qui surprendra les lecteurs : pervers et ingénieux, Doyle ajoute des candidats à sa collection de criminels dangereux.
La conclusion n’était pas vraiment à mon goût à cause d’un élément mélodramatique qui était peut-être un peu de trop pour moi… Mais je retiendrai cette nouvelle dans tous les cas grâce à son côté effrayant.
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• Parfois traduite "LAventure du Pied du Diable".
•  Dans sa liste des 12 meilleures nouvelles de Sherlock Holmes, Sir Arthur Conan Doyle place Le Pied-du-Diable à la neuvième place.
             • Son Dernier Coup d’Archet (titre original, His Last Bow, publié la première fois en Septembre 1917) 2/5
Oulah ! Comme j’ai été perturbée par cette (trop) longue introduction à propos d’espionnage. J’avais pourtant hâte d’arriver à ces nouvelles car j’étais curieuse de voir la transition les séduisantes années 1880 vers celles, nettement plus sombres, qui précèdent la Guerre de 14-18. Et bien j’ai été assez déçue… Je m’attendais à une ambiance paranoïaque, des craintes capables de transpercer les deux héros populaires, un ciel gris qui précède un orage violent et terrifiant mais finalement, rien de tout ça !
Je regrette que Doyle n’ait pas exploré le thème de la guerre imminente (surtout du point de vue d’un ancien soldat comme Watson) et j’ai donc très vite oublié l’énigme dont le déroulement est assez floue, puisque le détective et son fidèle compagnon apparaissent bien trop tard…
Boh. Tant pis…
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• La traduction française ne permet pas le jeu de mots qu’utilise Doyle : His Last Bow peut vouloir dire Son Dernier Coup d’Archet comme Sa Dernière Révérence. C’est la première traduction qui est habituellement gardée, en clin d’œil à la passion d’Holmes pour le violon.
source
Les Archives de Sherlock Holmes,
             • L’Illustre Client (titre original, The Adventure of the Illustrious Client, publié la première fois en Novembre 1924) 5/5
Arthur Conan Doyle reprend du poil de la bête et ça fait plaisir, car si L’Illustre Client m’a fait quelques fois penser à Un Scandale en Bohème, cette nouvelle peut se targuer d’être originale et addictive. La petite touche de suspense se marie très bien au côté humain exploité chez les personnages, qu’on les connaisse ou non.
Les thèmes romantiques s’entrechoquent dans L’Illustre Client : un croqueur de femmes, une vengeance passionnelle, un amour destructeur… Les personnages secondaires sont complètement animés par des sentiments très vifs et il s’agit certainement de la seule nouvelle où Holmes et Watson se retrouvent piégés dans ce tourbillon expressif de haine, les réactions des éléments leur échappant à plusieurs reprises.
Vous l’aurez compris, j’ai adoré cette nouvelle qui, malgré l’absence de mystère, reste néanmoins surprenante et capte l’attention du lecteur.

             • Le Soldat Blafard (titre original, The Adventure of the Blanched Soldier, publié la première fois en Octobre 1926) 2/5
Si le choix de la narration était très intéressante, j’avoue que j’ai été assez déçue par Le Soldat Blafard. J’ai eu l’impression de tourner un peu en rond au bout de quelques pages et la solution, bien qu’attendrissante, n’est pas spectaculaire et fait retomber la nouvelle à plat. Sans compter que le happy-ending était un peu de trop.
Le véritable avantage avec Le Soldat Blafard est la proximité du lecteur avec Holmes : descriptions acerbes, pensées amusantes… On redécouvre le célèbre personnage et on se rend compte que l’automate possède non seulement un cerveau actif mais aussi un cœur en or. 
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• Il s’agit de la première nouvelle narrée par Holmes lui-même.
             • La Pierre de Mazarin (titre original, The Adventure of the Mazarin Stone, publié la première fois en Octobre 1921) 5/5
Voilà un autre coup de cœur dans ce recueil avec La Pierre de Mazarin : des situations comiques mais intenses, des retournements de situation théâtrales, des dialogues dynamiques… Dur de s’ennuyer avec cette nouvelle où j’ai adoré chaque élément. J’avais remarqué que Doyle se permettait de doter ses personnages d’un sens de l’humour plus prononcé, accentuant aussi leur humanité et La Pierre de Mazarin confirme cette impression que j’avais : Holmes est plus excentrique que jamais, surtout ici.
Ce n’est pas l’énigme mais les tactiques du détective qui vous feront chauffer les méninges.
J’en garderai un excellent souvenir et sera une des nouvelles que je relirai avec un grand plaisir !
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• Il s’agit de la première nouvelle narrée par un narrateur totalement extérieur au récit (hétérodiégétique, si vous voulez briller en société). Un choix qui permet des possibilités de narration sans ambiguïtés.
             • Les Trois-Pignons (titre original, The Adventure of the Three Gables, publié la première fois en Septembre 1926) 2/5
Bon, en tout franchise, je ne garderai pas un souvenir impérissable de cette nouvelle que j’ai trouvé assez plate, brouillon et obscure. Seuls les personnages apportent la touche d’intérêt dans Les Trois-Pignons, même le duo célèbre reste touchant et on ne se lasse toujours pas de leur alliance ingénieuse.
Mais voilà, une aventure dont peuvent se passer les plus timides lecteurs de Doyle…

             • Le Vampire du Sussex (titre original, The Adventure of the Sussex Vampire, publié en Janvier 1924) 4/5
Les fins connaisseurs n’ignorent pas qu’Arthur Conan Doyle, médecin et enquêteur non confirmé, s’est beaucoup intéressé au surnaturel à la fin de sa vie, comme bon nombre de compères à cette époque. Entre la mode des clichés post-mortem et les légendes urbaines qui font la popularité de l’Angleterre, même un scientifique comme Doyle ne pouvait pas résister aux charmes du fantastique et je suis bien contente de voir qu’il a osé confronter son détective cartésien à un mort-vivant imaginaire.
Toutefois, comme pour le Chien de Baskerville, le lecteur ne doit pas s’attendre à une conclusion magique mais bien à une réponse terre-à-terre : on reste dans le domaine de la science, dans le pur concret. Sauf que cela n’enlève rien à la qualité du mystère, ni à l’esthétique du délit et encore moins au côté touchant de la conclusion.
Une nouvelle intéressante, originale et très émouvante qui répondra aux attentes des grands lecteurs doyliens.

Les clichés post-mortem étaient particulièrement populaires pendant l’Ère Victorienne 
et les familles pensaient conférer un semblant d’immortalité à leurs disparus.

             • Les Trois Garrideb (titre original, The Adventure of the Three Garridebs, publié la première fois en Octobre 1924) 5/5
Une nouvelle que j’ai adoré grâce à ses notes humoristiques (il n’y a qu’à voir la situation cocasse du début) et ses moments intenses : ceux qui veulent une preuve de l’amitié qui rattache Holmes et Watson, lisez Les Trois Garrideb, vous ne serez pas déçu.
Le criminel m’a aussi plu car particulièrement audacieux et tordu, se démarquant de ses compères, rendant l’énigme très difficile à percer.
À lire pour le plaisir !

             • Le Pont de Thor (titre original, The Problem of Thor Bridge, publié en Mars 1922) 4/5
Bien que sympathique, Le Pont de Thor est un récit que je juge un peu plat. Ce qui est dommage vu la qualité de l’énigme qui se rapproche beaucoup du style d’Agatha Christie au passage : les fans d’Hercule Poirot et de Miss Marple seront sûrement enchantés de la tragédie entre madame Gibson et mademoiselle Dunbar. La platitude vient surtout du manque d’indice et de la résolution à tendances abracadabrantes du mystère.
Toutefois, je ne regrette pas cette lecture mais un petit détail manquant fait que la nouvelle aurait pu être un véritable coup de cœur.

             • L’Homme qui rampait (titre original, The Adventure of the Creeping Man, publié la première fois en Mars 1923) 3/5
Loin de L’Estropié (The Crooked Man dans le titre original) dans Les Mémoires de Sherlock Holmes ou encore de L’Homme à la Lèvre Tordue dans Les Aventures de Sherlock Holmes, on assiste à un vrai cas de contorsionniste dans L’Homme qui Rampait ! À tel point que j’ai eu l’impression de lire une nouvelle d’Edgar Poe ou de Stephen King.
Il n’y a pas tellement de délit, juste un sombre mystère où un homme est désincarné et ressemble à un animal étrange, un monstre rampant.
La solution est intéressante mais assez facile en réalité. Une nouvelle très sympathique mais qui peut être ignorée, sauf si vous voulez lire le canon entier.
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• Traduit aussi en "L’Homme qui rampait".
• À la page 903, il y a une référence aux Hêtres-Dorés, nouvelle qui est rangée dans Les Aventures de Sherlock Holmes.
             • La Crinière du Lion (titre original, The Adventure of Lion’s Mane, publié la première fois en Novembre 1926) 3/5
Après toutes ces nouvelles, on pourrait penser que Doyle ne puisse plus nous surprendre. Et pourtant ! La Crinière du Lion est vraiment originale et se démarque de toutes les autres aventures de Sherlock Holmes. On change aussi de décor : Doyle nous permet de visiter le lieu de retraite de son détective et de rencontrer rapidement ses nouveaux compagnons, Watson ne l’ayant pas rejoint dans les Cornouailles.
Bien sûr, personne ne peut surpasser le sympathique médecin mais ce paysage en bord de plage change et apporte une touche de nouveauté. Même l’énigme est inhabituelle, tout comme le coupable…
Mais je n’en révèle pas plus pour ne pas gâcher les effets de surprise. Pourtant, si je suis presque tombée de ma chaise, quelque chose fait que je n’ai pas réussi à accrocher davantage à La Crinière du Lion
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• Il s’agit de la seconde et dernière nouvelle narrée par Holmes lui-même.
Les magnifiques couvertures des éditions Penguin pour 
La Vallée de la Peur, Son Dernier Coup d’Archet et Les Archives de Sherlock Holmes.

             • La Pensionnaire Voilée (titre original, The Adventure of the Veiled Lodger, publié la première fois en Janvier 1927) 5/5
La Pensionnaire Voilée est une nouvelle un peu particulière qui s’adresse plus aux lecteurs confirmés qu’aux nouveaux curieux : si il y a quelques mystères, ils seront servis sur un plateau et Holmes ne démontrera pas ici sa science de la déduction. Peut-on classer La Pensionnaire Voilée comme un policier ? Je le classerais plutôt dans la section dramatique car la dimension humaine occupe une très grande place : la cliente est particulièrement émouvante et son histoire ne peut laisser insensible, même pas un ancien soldat comme Watson ou un détective comme Holmes. Forcément, j’ai beaucoup aimé cette confrontation entre ces hommes et la détresse d’une telle femme, très loin de la relation enquêteurs-cliente.
Une histoire qui marque non grâce à ses énigmes (bien qu’elles soient intéressantes) mais par sa conclusion et sa cliente exceptionnelles.

             • Shoscombe Old Place (titre original, The Adventure of Shoscombe Old Place, publié la première fois en Mars 1927) 4/5
J’avoue que j’ai eu très peur lors du début, avec cette conversation sur les courses de chevaux car je me souviens que Flamme d’Argent, dans Les Mémoires de Sherlock Holmes, m’avait profondément ennuyée. Et finalement, ce n’est pas une question de courses, pour mon plus grand bonheur ! On tombe même plutôt dans le macabre avec une vérité peu reluisante et complexe qui se dévoile grâce à des indices logiques.
Une excellente surprise.

             • Le Marchand de Couleurs Retraité (titre original, The Adventure of the Retired Colourman, publié la première fois en Décembre 1926) 4/5
Le recueil touche à sa fin mais Arthur Conan Doyle reste fidèle à lui-même avec cette nouvelle qui mérite sa place aux côtés des plus grandes aventures, des plus connues : des tours de passe-passe, des indices logiques avec des révélations adéquations, un coupable étrange et mémorable… Et surtout, un Watson au devant de la scène comme dans La Cycliste Solitaire. Ça fait toujours plaisir à voir quand Watson prend aussi les devants et mène une partie de l’enquête.
Une très bonne nouvelle qui m’a surprise jusqu’au bout.

             • La Boîte en Carton (titre original, The Adventure of the Cardboard Box, publié en Janvier 1893) 4/5
Écrit bien avant les nouvelles de ce troisième tome des éditions Omnibus, on retrouve nettement l’ambiance des débuts de Doyle avec une ère Victorienne bien plus marquée. Ce qui est un bel avantage si on considère le côté assez gore de la nouvelle qui m’a rappelé un petit peu L’Aliéniste.
Sordide et brutale, La Boîte en Carton aborde des sujets sensibles et plutôt sombres, n’enviant rien aux détails croustillants d’un fait-divers réel. Bien sûr, les éléments de départ sont très intrigants et mènent vers un mystère complet bien que simple.
Cette dernière nouvelle lue me marquera par sa finalité et sa qualité.
             Quelques anecdotes sur cette nouvelle,
• Bien que publié dans le Strand en Janvier 1893, la nouvelle La Boîte en Carton n’a pas été retenue dans le recueil des Mémoires de Sherlock Holmes, elle n’a rejoint ses consœurs qu’avec l’édition américaine. Choix d’Arthur Conan Doyle ou des éditeurs ? Ce n’est pas clair si ce n’est que les personnes à l’époque avaient jugé la nouvelle trop explicite.

Afternoon, par Suwi, pour finir sur une note douce et tranquille.

Ce n’est pas ni roman, ce n’est pas une nouvelle mais c’est une lettre. Un dernier petit mot alors sur cette fameuse lettre qui est supposée être la dernière que Watson ait reçu d’Holmes. Autant vous dire que cette minuscule et bête indication m’a achevée, me tirant quelques petites larmes car vous savez ce qu’on dit : finir un livre, c’est comme perdre un ami. Forcément, finir cette longue saga me laisse un gros vide dans le cœur semblable à celui que j’avais ressenti en lisant le dernier tome d’Harry Potter.
Que puis-je dire d’autre si ce n’est que c’est bien fini et qu’il ne me reste plus qu’à porter le deuil avec des pastiches ?

Au revoir messieurs Sherlock Holmes et John Watson, vous allez énormément me manquer.

Ainsi, je termine mon Challenge Sherlock Holmes, ayant lu toutes les nouvelles et tous les romans du canon. Grâce à la nationalité d’Arthur Conan Doyle, je boucle aussi mon Challenge d’Écosse in extremis. Et enfin, je tenais à réserver l’idée n°66 du Challenge des 170 Idées, faisant honneur au nez en bec-d’aigle du plus célèbre détective d’Angleterre :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Contrairement aux tomes 1 et 2, Omnibus n’a pas respecté l’ordre chronologique dans ce troisième tome. J’ai remarqué aussi un petit relâchement au niveau de la traduction avec pas mal de fautes d’orthographe, mais bon, lisant aussi la version anglaise, je n’y ai pas prêté plus attention.
• Pour ceux que cela intéresse : chronique du tome 1 et chronique du tome 2.