mercredi 19 juillet 2017

Le Chant des Sorcières I, de Mireille Calmel,

En 1483, dans le Vercors, la jeune Algonde, fille de l’intendante du château de Sassenage, échappe miraculeusement à la mort après être tombée dans un torrent. Sous le choc, elle confie avoir été sauvée par la fée à queue de serpent, Mélusine… Désormais, pour la fière Algonde, rien ne sera plus comme avant. Afin d’échapper à une redoutable prophétie, elle doit percer les secrets du château : Quel mystère entoure la mort de la baronne ? Pourquoi la plus haute chambre du donjon est-elle condamnée ? Et surtout, d’où lui vient cette ressemblance troublante avec la fée ? La jeune fille s’apprête à combattre des puissances aussi mystérieuses que maléfiques…
Quatrième de couverture par Pocket.
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Pour le début de l’été, j’avais envie de me plonger dans une fiction médiévale rafraîchissante, et je me suis souvenue de cette fameuse trilogie, Le Chant des Sorcières, qui me faisait rêver à l’époque de sa sortie : devant mon lycée, il y avait une librairie (au top, en plus) et sur la porte, la libraire avait scotchée une publicité pour le premier tome. Déjà folle amoureuse de la peinture préraphaélite, j’avais été attirée par l’œuvre de Edmund Blair Leighton qui servait d’illustration pour l’édition XO (on ne juge pas un livre à sa couverture... Mais une belle couverture, ça aide, on ne pourra jamais dire le contraire).
Et le titre était plein de charme : Le Chant des Sorcières. Un titre qui fait rêver et qui est plein de promesses.


J’ai donc emporté le premier tome loin de la bibliothèque de ma mère (merci môman au passage) pour partir en 1483. Mireille Calmel est une passionnée de la Renaissance et nous communique son amour pour cette période : ce premier tome n’est pas une plongée précise dans les années 1480 car l’auteure évite le lexique trop lourd, inutilement précis et installe le contexte historique par une ambiance rustique et une plume qui sélectionne avec soin son vocabulaire.
Mireille Calmel parvient même à "rendre hommage" si on peut dire avec des hyperboles qui flattent la beauté des personnages… Trop d’ailleurs, c’est vraiment un point qui peut devenir fatiguant durant la lecture : tous les personnages principaux rivalisent de beauté, de perfection physique, tels les héros et dames des romans de Chrétien de Troyes. J’ai remarqué quelque chose de drôle d’ailleurs : Mireille Calmel décrit sans aucune peine ce qui est beau mais on sent que la plume est moins à l’aise pour décrire le laid ou le dégoûtant !
Pour rester sur l’écriture, j’ai surtout eu du mal avec ce style hachuré : certains passages sont courts, à l’infinitif et donnent une impression de rythme, mais ils ne marchent malheureusement pas toujours. C’est vraiment ce qui m’a perturbée durant ma lecture (les descriptions physiques renvoyant aux romans médiévaux).

Quant à l’histoire, elle intrigue : une prophétie hante les personnages et d’étranges créatures tirent les ficelles depuis l’ombre. Impossible de savoir avec certitude, lors de la lecture du premier, si telle créature est digne de confiance ou non, cruelle ou non, bonne ou au contraire détestable. On entre dans le vif du sujet mais le lecteur reste tout de même dans le flou, certains événements sont amorcés. Une chose est sûre : le tome suivant invite à être découvert, et le plus vite possible.

Une lecture sympathique mais où on en apprend trop peu pour pouvoir affirmer si on adore ou si on déteste, cela ne change rien au fait que l’histoire est intrigante et fait penser à une Fantasy légère qui devrait plaire aux fans de Jean-Louis Fetjaine

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Le Furon, source près de Grenoble, n’a jamais été rattaché historiquement à la fameuse Mélusine qui est une fée que la France partage avec l’Allemagne, si vous voulez donc visiter des lieux associés à cette légende, il vaut mieux se diriger vers le Nord-Est. Le Furon comme cachette de Mélusine ne se trouve que dans Le Chant des Sorcières… Mais la source existe vraiment et vaut une petite visite. Mais de loin au risque de tomber dedans aussi.
• Dans les tags, "Elfe" figure en invités : aucune créature à oreilles pointues, mais dans un folklore proche, les elfes et les fées sont un seul et même peuple.


vendredi 14 juillet 2017

The Elder Scrolls V : Skyrim : Dawnguard,

Le seigneur vampire Harkon est revenu au pouvoir. À l'aide des Parchemins des Anciens, il cherche à réaliser l’impensable : éteindre le soleil. Rejoindrez vous l’ancien ordre de la Garde de l’aube pour contrecarrer ce projet ? Ou choisirez-vous d’incarner un seigneur vampire ? Dans ce contenu comprenant une nouvelle série de quêtes de faction et des lieux inédits, c’est à vous de prendre la décision finale.
Résumé venant du Site officiel.
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Avec le coup de cœur que j’ai eu pour Dragonborn, Dawnguard est une extension de Skyrim qui m’a beaucoup moins charmée sur le coup... Assez vide, assez discret, je l’ai trouvé très creux dans ma première approche. 
Par chance, c’est que l’extension met tout simplement du temps à démarrer, car si pour Dragonborn, Solstheim nous vend du rêve dès qu’on accoste au port, Dawnguard préfère se préserver et nous en met plein la vue après quelques quêtes.


Là où l’extension n’attend pas, c’est pour le thème : les vampires. Dès le début, le joueur fait face à des apparitions de vampires et doit lutter contre eux, intervention qui n’était que rare auparavant. De plus, les maladies (le vampirisme et la lycanthropie) sont modifiées afin de mieux adhérer au gameplay, les vampires étant privilégiés avec une nouvelle apparence (voire une métamorphose) et une jouabilité plus aisée. Les lycans ne sont pas oubliés non plus : maintenant, ils peuvent ouvrir les portes même sous leur forme animale. Si c’est pas beau !
En plus de ces modifications, Dawnguard réserve bien sûr le lot de tout DLC qui se respecte désormais : de nouveaux lieux (moins vastes qu’une île mais quand même), de nouveaux items et surtout, une arme qui fera jubiler les passionnés du combat à distance : des arbalètes.
Enfin, on ne va pas se mentir, elles existaient dans Morrowind. Mais il était temps que ces armes Dwemers retrouvent leur place dans l’univers des Elder Scrolls.


Après toutes ces découvertes à glisser dans son inventaire, on peut se concentrer sur la quête principale. Et comme d’habitude, Skyrim propose le choix : lutter contre les vampires ou s’allier avec eux. Cet Elder Scrolls cinquième du nom nous épargne la morale et rien d’indique un bon ou un mauvais choix, mais selon le clan que vous avez choisi, des quêtes seront disponibles ou au contraire annulées. Rien de dramatique ceci dit car les quêtes secondaires sont malheureusement assez pauvres et peu nombreuses.
Seule la quête dwemer Perdue dans les Âges vaut vraiment le coup : elle ferait même pâlir celle de Dawnguard tant elle est ingénieuse, mais ne partage aucun rapport avec les vampires.

Là où j’applaudis l’équipe pour cette extension, c’est pour le boss final : enfin un combat où lattention est nécessaire et où bourriner ne servira à rien (quoique, en bourrinant pendant 4 heures, ça pourra peut-être marcher). Bien plus immersif donc que le combat contre Alduin où il n’y avait besoin d’aucune stratégie.


Avec un thème aussi intéressant que les vampires, créatures liées au Daedra Molag Bal, Skyrim se contente un fois de plus du classique. La quête principale aurait pu creuser davantage dans le lore de la saga, mais les vampires de Skyrim rappellent les vampires que nous connaissons tous grâce à Dracula et ne brillent pas en originalité.
C’est dommage, mais enfin, si vous voulez devenir chasseur de vampires, le jeu répondra à vos attentes au moins. Et si vous voulez juste vous nourrir de la plèbe, vous pourrez aussi réaliser votre cauchemar rêve.

Tandis que le mien, c’était de faire Elsa d’Arendelle de La Reine des Neiges avec bien plus de pouvoir et en train de botter des culs.
(et elle en botte par centaines)

            Quelques anecdotes sur ce jeu,
• Chroniques du jeu original et du second DLC :


Le DLC n'existe PAS en CD et ne fonctionne qu'avec une clé d'activation. Les liens de Fnac et d'Amazon conduisent vers le jeu Skyrim en édition "légendaire", c'est-à-dire avec les deux extensions Dragonborn et Dawnguard.
Si vous voulez uniquement Dawnguard, vous pouvez l'avoir sur Amazon ou Fnac aussi, bien que je recommande, comme d'habitude, Steam ou ce genre de programme spécialisé.

mardi 11 juillet 2017

Les Yeux de Leïlan, de Magali Ségura,

Il est un royaume mystérieux que l’on nomme Leïlan, le Pays des Illusions.
Depuis qu’un drame affreux a frappé la famille royale, ses frontières sont fermées et son peuple est opprimé par l’infâme duc Korta.
Une rencontre pourrait tout changer : celle d’un jeune messager, Axel, et d’une fascinante jeune fille aux yeux bleus. Mais un secret entouré de sorcellerie les sépare et rend leur amour impossible.
Pourtant, autour d’eux, l’espoir renaît : un justicier insaisissable met les hommes du duc en échec. Qui est ce héros dont l’identité cachée est jalousement défendue ? Quelle est cette étonnante compagnie qui partage ses exploits ?
À votre tour de tomber amoureux des yeux de Leïlan…
Quatrième de couverture par Milady.
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J’avais croisé Magali Ségura au Trolls & Légendes de 2015, les couvertures sélectionnées par la maison d’édition Milady avaient attiré mon regard, mais je ne m’étais pas approchée du stand parce que, premièrement, je n’avais rien lu et deuxièmement, mon budget ne me permettait pas plus de dépenses. Mais j’avais noté le nom ! Forcément, j’ai sauté sur l’OP menée par Bragelonne et j’ai enfin découvert un des mondes de l’auteure : le pays mystérieux que l’on nomme Leïlan.

Déjà, un point qui m’a marquée d’office : l’illustration de Miguel Coimbra rend hommage à l’atmosphère de ce premier tome. Si vous aimez la verdure, les forêts et les plantes, cette lecture vous entraînera loin dans un labyrinthe sylvain. Le vert est omniprésent et sous ces cimes, le lecteur respire des parfums fleuris, admire la beauté d’une nature puissante, tout en restant dans l’ombre préservée par les arbres et renforcée par de nombreux moments nocturnes. Magali Ségura invite tous les symboles du mystère à se réunir autour de son histoire : des nuits bleutées, un masque partagé, des prophéties à interpréter, des rencontres hasardeuses et énormément de secrets.
Malheureusement, les non-dits en masse créent une certaine confusion à certains passages : ironiquement, des passages qui devaient sembler évidents pour l’auteure l’étaient moins pour moi (les sariclès par exemple, pendant longtemps on ignore ce que c’est et lors de leur apparition, il n’y a pas plus d’informations, me laissant un peu confuse…), tandis que des révélations qui surprennent des personnages coulaient de source pour moi (et je pensais qu’ils étaient au courant aussi !)
Pour ce premier tome, il faudra donc s’accrocher et se montrer patient. Au moins, la trame n’est pas usée dès Les Yeux de Leïlan et se préserve pour la suite.

J’ai pris la liberté de retoucher la carte car la police était pixelisée et je n’arrivais pas à lire.
En espérant que cette nouvelle police vous aidera durant votre lecture !

Mais il y a de beaux efforts d’imagination qui font de Leïlan une terre unique en son genre et j’ai hâte d’explorer cet univers dans les deux tomes suivants car, à l’instar du protagoniste Axel, on entre doucement et on ne visite que deux lieux (même s’ils sont emblématiques), trop peu pour faire un vrai voyage touristique.

Il en va de même pour les personnages : il y a foule dès ce premier tome (je ne m’attendais pas à un tel monde tout d’abord) et quand la place de ce premier tome doit être autant partagé, le développement semble manquer de finition, pourtant, on s’attache et on veut tous les revoir dans les tomes suivants, en découvrir davantage.
La romance est assez présente et même une aigri comme moi n’a pas été dérangée par ces idylles : leur promptitude est expliquée (ou sous-entendue) et a un certain charme.

Les Yeux de Leïlan fait un peu "tome introductif" mais il appelle à découvrir la suite, à démêler enfin tous ces mystères et à découvrir ce pays qui surprend même ses voisins !
Je suis bien contente d’avoir la trilogie dans ma liseuse, pour le coup.


             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Magali Ségura imagine les traits de Heath Ledger (notamment dans Chevalier) pour Axel… et c’est bon à savoir : je l’avais imaginé bien plus frêle et je pensais qu’il avait 17 ans au début de ma lecture… Il a grandi bien vite, le Prince, en l’espace de quelques pages, ahah !


mercredi 5 juillet 2017

Le Gué du Diable, de Marc Paillet,

Pourquoi haines anciennes et querelles récentes ont-elles conduit les Gérold et les Nibelung, vassaux directs de Charlemagne, à un affrontement sanglant ?
Que s’est-il réellement passé au Gué du Diable ? Ce sont des démons – mais sortent-ils tous de l’enfer ? – que vont devoir démasquer et défaire l’abbé Erwin le Saxon et le comte Childebrand pour rétablir la paix civile dans le comté d’Auxerre et sauver un amour précieux en cet an de grâce 804.
Quatrième de couverture par 10|18, Grands détectives.
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Il y avait longtemps que je ne m’étais pas replongée dans une enquête menée par un moine dans une époque où la science et la criminologie sont aussi inconnues que le hard rock. Et j’ai voulu retourner 1 200 ans auparavant, aux côtés du perspicace Erwin le Saxon et toute sa brigade talentueuse (les éditions mettent en avant Erwin et Childebrand, mais le grec Timothée, le frère Antoine surnommé le Pansu et Doremus ont également beaucoup d’importance et d’atouts).
Troisième tome de cette saga créée par Marc Paillet, Le Gué du Diable est dans la continuité de la saga, apportant ce que l’auteur promet avec ses romans, c’est-à-dire un Moyen-âge respecté, une enquête intelligemment menée, plausible pour l’an 804. Un policier historique comme on en redemande.

Dans Le Gué du Diable, 10|18 et Marc Paillet nous font l’honneur d’un petit dossier d’une dizaine de pages pour expliquer la société du IXème siècle. On a beau dire que Les Rois Maudits font traverser les âges au lecteur, Marc Paillet arrive à en faire autant avec Erwin le Saxon : pas de clichés, pas d’anachronisme, je regrette juste un manque de détails qui installeraient davantage le décor, quitte à grossir le livre d’une cinquantaine de pages.

Mais la collection Grands Détectives de 10|18 offre non pas des voyages temporels mais des énigmes, et Marc Paillet en propose une en principe évidente : deux familles déchirées par des vieilles discordes, voire de plus récentes puisqu’elles conduisent à un meurtre soudain. Mais les indices se cachent, non pas dans des empreintes de pas, ni dans une arme avec des empreintes mais dans des comportements humains, des paroles, des révélations. Erwin n’observe pas la scène du crime mais psychanalyse avant l’heure les personnes liées à la victime.

Pour ceux qui ont aimé les premières enquêtes, Le Gué du Diable apportera la même satisfaction, quant aux novices, si vous trouvez ce troisième tome avant les autres, n’hésitez pas à vous lancer dans cette lecture, les numéros ne se suivent pas. Et pour vous décider ? Si vous aimez les enquêtes historiques et le Moyen-âge, allez-y !

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Les Gérold et les Nibelung sont des familles nobles qui ont réellement existé.


/!\ Ce livre n’est plus édité et les liens proposent surtout de l’occasion /!\

mardi 4 juillet 2017

Le Spleen de Paris, de Charles Baudelaire,

Lorsqu’il commence à publier ses petits poèmes en prose dans des revues et des journaux, Baudelaire a beau les qualifier modestement de « bagatelles », il a pleinement conscience de ce qu’ils ont de singulier. Et nous le savons mieux désormais, ce qui s’inaugure de manière capitale dans ces textes qui visent à capter l’étrangeté du quotidien de son temps, ce n’est rien moins qu’une forme littéraire nouvelle. Rimbaud et Mallarmé vont s’en souvenir très vite – et bien d’autres après eux.
Bien que le poète y songeât depuis 1857, l’année des Fleurs du Mal, Le Spleen de Paris ne parut que deux ans après sa mort, en 1869. Ses poèmes en prose constituaient pourtant à ses yeux le « pendant » de ses pièces en vers, et les deux livres, en effet, se font écho à maints égards. Mais, à la différence des Fleurs du Mal, ce n’est pas ici un recueil composé qui nous est offert : un espace de liberté, bien plutôt, où le flâneur témoigne d’un nouveau regard venu à l’homme moderne pour lequel la réalité multiplie ses images…
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche, Classiques de Poche.
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Au lycée, j’avais acheté Les Fleurs du Mal et Le Spleen de Paris pour un projet en art, et finalement je me suis contentée du premier recueil et j’avais repoussé la lecture du second… Jusqu’à récemment (bien des années plus tard, donc).
J’avais vraiment adoré Les Fleurs du Mal et ce côté franchement dérangé de Charles Baudelaire (le gars se teignait les cheveux en vert par exemple). Il en va de même pour Le Spleen de Paris : cinquante poèmes qui ne sont pas des poèmes comme on l’entend, mais l’absence de rimes et de mètres ne retire rien à leur style.

Les sujets qui font rêver, les images composées de traits de peinture et les chutes rappellent bien un recueil de poésie. Il y a un côté "tranche de vie" où Baudelaire observe la société que tour à tour il admire et exècre. Sa plume peut traduire un amour pudique ou au contraire laisse exploser un mépris presque violent. C’est quand même l’auteur qui compare son public à un chien, hé !
« Un musicien a écrit l’Invitation à la valse ; quel est celui qui composera l’Invitation au voyage, qu’on puisse offrir à la femme aimée, à la sœur d’élection ? »
XVIII. L’invitation au voyage

Ce recueil fait traverser un vrai panel d’émotion : rire, nostalgie, hébétement, curiosité, colère, choc… Le Spleen de Paris est un recueil en harmonie et qui, en même temps, surprend par sa diversité. Même s’il peut sembler intemporel, c’est une virée dans les années 1860 avec cette colère du poète contre la société grouillante et son besoin de briller, d’être couronné de succès par un public. Baudelaire n’est pas un romantique pour rien. Voire un rebelle.
C’était le petit punk avant l’heure et s’il avait connu Sid Vicious, il aurait écrit des poèmes sur lui et les Sex Pistols.
Un recueil excellent si on aime l’esprit particulier de Baudelaire, Le Spleen de Paris peut même se lire en une soirée sans paraître indigeste.


             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Imaginé en 1857 à l’instar des Fleurs du Mal, Le Spleen de Paris n’est publié qu’en 1871, soit deux ans après la mort de Baudelaire.
Le Spleen de Paris peut se trouver désormais gratuitement et légalement, comme sur Bouquineux par exemple.

lundi 3 juillet 2017

Le Combat de l'Épouvanteur, de Joseph Delaney,

« Le district de Pendle est infesté de sorcières, me dit l’Épouvanteur. La plupart du temps, elles se chamaillent et se tirent dans les pattes. Mais si elles s’entendent autour d’un projet commun, leur pouvoir en est grandement renforcé. Oui, voilà le pire qui puisse arriver : que les clans ennemis s’unissent. »
Les sorcières de Pendle deviennent de plus en plus malfaisantes. Le plus inquiétant, c’est que les trois clans – les Deane, les Malkin et les Mouldheel – préparent une alliance. Ensemble, ils seraient capables d’invoquer le Diable en personne ! Tom et son maître vont se rendre là-bas pour éviter le pire. Mais, avant, Tom Ward doit passer chez lui pour récupérer les malles que sa mère lui a laissées en héritage. Or, une fois sur place, il découvre que la ferme a été ravagée, la grange brûlée…
Quatrième de couverture par Bayard, Jeunesse.
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Même si les couvertures sont toutes très belles, lédition française a ce côté "grimoire" auquel je ne résiste pas.

Jusqu’à maintenant, la saga de L’Épouvanteur me laissait soit des impressions très positives, soit des impressions très négatives : Le Combat de l’Épouvanteur arrive finalement à se placer entre ces deux sentiments, faisant une lecture presque mitigée bien qu’il me laisse encore de bons souvenirs !

Je préfère commencer par le premier point négatif bien qu’il y ait un léger risque de spoil : Le Combat de l’Épouvanteur est un tome transitoire, le quatrième volet qui lance vraiment une longue aventure. Beaucoup d’événements étaient devinés et n’ont pas réussi à me surprendre et je me doutais bien de ce qui se passerait à la fin du tome. Joseph Delaney était particulièrement original jusqu’ici, mais cette nouvelle trame ne peut pas se vanter de la même qualité. Ceci dit, si le point de départ reste commun, il peut évoluer en quelque chose de vraiment génial, j’ai bon espoir que cela arrive d’ailleurs, car Le Combat de l’Épouvanteur est quand même un bon tome.

Si j’ai commencé à lire cette saga, c’est pour l’importante place qu’occupe la sorcellerie et à l’instar du premier roman, on nage en pleine magie noire. Les sorcières sont aussi nombreuses qu’à un Sabbat, déchaînées comme lors d’une nouvelle lune et aussi malsaines que des démons. Je les ai toutes adorées. Avec toujours un gros coup de cœur pour Alice qui confirme son importance.
Ce sont surtout les personnages féminins qui me fascinent dans cette saga : malgré les événements précédents des tomes antérieurs, la présence de la mère de Tom est toujours quelque part et dévoile quelques secrets. Pour être franche : la découverte de ce qui se trouve dans les malles a été vraiment un moment fort, et tout ce suspens vaut clairement le détour.
Sans oublier, bien sûr, des moments qui glacent d’effroi grâce à des créatures dignes des légendes les plus sombres...

Donc oui, je trouve que Le Combat de l’Épouvanteur est coincé dans un entre-deux : il conserve cette ambiance typique des autres tomes de la saga, conserve ce charme qui rend hommage à Halloween, mais il traîne car prépare des événements qui se dérouleront pendant plusieurs tomes. Ce tome quatre se fait un peu oublier pour vite passer à la suite et rentrer dans le vif du sujet !

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Les chroniques des tomes précédents :

vendredi 30 juin 2017

Autobiographie d'une Courgette, de Gilles Paris,

« Elle ressemble à une poupée de chiffon toute molle et ses yeux sont grands ouverts. Je pense aux films policiers où des tas de femmes se font tuer et après elles ressemblent à des tas de chiffons toutes molles et je me dis “c’est ça, j’ai tué maman.” »
Ainsi commence l’aventure d’Icare, alias Courgette, un petit garçon de neuf ans. Paradoxalement, la vie s’ouvre à lui après cette tragédie. Placé dans un foyer, il pose avec une naïveté touchante son regard d’enfant sur un monde qu’il découvre et qui ne l’effraie pas. De forts liens d’amitié se créent entre et ses camarades. Et puis, il tombe amoureux de Camille…
Quatrième de couverture par J’ai Lu.
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« On va s’asseoir dans l’herbe au bord de la rivière.
– T’as pas froid ? dit Raymond.
– Non.
Et il enlève son blouson et il m’enveloppe dedans. Des fois les grandes personnes, ça écoute que dalle. »
P. 54

J’ai toujours beaucoup admiré l’écriture de Mathias Malzieu : cette capacité à aborder des sujets adultes avec une plume enfantine fait que chaque histoire du chanteur de Dionysos est un plaisir à double intonation. Mais je me rends compte, après ma lecture d’Autobiographie d’une Courgette, que Gilles Paris possède également ce talent.
Autobiographie d’une Courgette est un de ces curieux mélanges : un sujet difficile avec une narration innocente. La naïveté ne cache pas la tristesse mais l’accompagne, elle lui donne une autre allure. Et finalement, Autobiographie d’une Courgette donne plus envie de sourire que de pleurer.

Ce roman aborde un thème qui me touche : les enfants en foyers. Ceux qui n’ont plus d’amour et sont trop vieux (à 9 ans !) pour être adoptés. J’ai été émue par chaque enfant, aussi bien Courgette, Simon, Béatrice, Alice, Ahmed (j’avoue, j’ai ri énormément à cause des pleurs récurrents du petit Ahmed qui ont un côté comique avec la narration de Courgette), les deux frères qui jouent au jeu du dictionnaire… Et bien sûr, Camille, mais ironiquement, c’est celle que j’ai le moins aimée.
Un sujet assez difficile mais loin de faire pleurer : ce roman est espiègle, donne le sourire, fait du bien. Comme le premier éclat de rire après une période particulièrement difficile. Il y a un humour agréable, bien que le ton « enfant » peut rebuter : il faut s’y habituer, mais une fois le ton adopté, on arrive à apprécier cette narration proche de celle d’un enfant de 9 ans et qui répète « et… et… et… et… et… ».

Il se finit toutefois de façon assez abrupte et je n’ai pas approuvé tous les choix scénaristiques… [spoiler] Que Raymond adopte Courgette et Camille, d’accord, mais en sachant que les deux sont amoureux… Ce n’est qu’une amourette si ça se trouve, mais j’ai trouvé un côté un peu malsain. Ensuite, la facilité avec laquelle le fils de Raymond accepte son nouveau frère et sa nouvelle sœur : certaines familles ont cette chance de pouvoir réunir les membres qui ne partagent pas toujours le même sang, mais d’expérience et celle des autres, c’est une aubaine rare. [/fin du spoiler]
Hormis ça, c’est une lecture très sympathique que je ne regrette pas et je garderai un bon souvenir du petit Icare, pardon ! Courgette et de ses copains qui vont me manquer…
« L’église, c’est la maison au bon Dieu qui y est jamais.
Ça m’étonne pas, vu qu’il fait toujours méga froid dans sa maison. Le bon Dieu, Il est pas idiot, Il est bien au chaud dans les nuages avec le soleil qui Le chauffe au-dessus et Il se protège des gens qui ont toujours un truc à Lui demander.
– Surtout de l’argent, dit Simon. »
P. 89

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• C’est auprès des Pressoirs du Roy, avec sa directrice Jacqueline Vialatte et l’équipe, que Gilles Paris a recueilli des conseils afin d’écrire Autobiographie d’une Courgette.
• Je conseille vivement le film qui adapte ce roman : c’est une petite perle d’animation qui ne dure qu’une heure mais qui fait rêver tout du long.