mercredi 16 novembre 2016

Héros ou Couple inoubliables [14],

              

Organisé par Cassie56, le rendez-vous hebdomadaire Héros ou Couple Inoubliables permet de laisser une trace, un article à propos d’un personnage héroïque ou d’une romance qui vous a marqué, ému ou ravi en répondant à trois questions.
Aucun jour n’est fixé, mais j’ai opté les mercredis pour mon blog.





    → Pourquoi ce couple ?
Car c’est lui qui sauvé un peu mon impression concernant le roman David Copperfield (qui a été plutôt décevant...).
    → Est-ce le couple principal ?
Pas au début de ce roman d’apprentissage, mais il devient le couple principal.
    → Quel aspect particulier de la relation vous a tant plu ?
David Copperfield aurait été une bonne surprise si Agnès et David avaient été en couple plus tôt : les premières romances de David Copperfield sont mignonnes (un jeune homme qui tente de se donner un peu de contenance face à ses premières conquêtes ratées, c’est touchant) et on sent l’attachement d’Agnès Wickfield, cette douce jeune fille qui est très différente des prétendantes de David : sage, paisible, douce… Je rageais quand David se lamentait sur une déception amoureuse et se confiait à Agnès sans voir qu’elle était mourrait d’envie de le consoler d’une façon amoureuse.
Non, bande de cochons, je ne pense pas à des pratiques sexuelles. Je pensais vraiment à un discours "avec moi, vous serez heureux, machin, machin".
Le début de David Copperfield est super, le milieu est d’un ennui mortel et je n’ai retrouvé de l’intérêt à ce roman qu’à la fin : quand David fait enfin d’Agnès sa madame Copperfield. La grosse joie !

dimanche 13 novembre 2016

La Saison des Orages, d'Andrzej Sapkowski,

On a volé les fameuses épées du Sorceleur ! Et il en a plus que jamais besoin : une intrigue de palais se trame et le prince de Kerack a requis l’aide de Geralt. Mais ce dernier va devoir déjouer les manœuvres d’une belle et mystérieuse magicienne rousse avant de partir à la recherche de son voleur. Heureusement, son fidèle compagnon barde Jaskier lui sera d’un précieux secours, de même que son nouvel ami, le nain Addario, pour affronter les dangers  qui l’attendent.
Quatrième de couverture par Milady.
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« – Tu ne jetteras donc pas ton épée, hein ? jugea-t-il. Tu es donc si brave ? Un vrai dur ? Tu manges les huîtres avec la coquille ? En les faisant passer avec de la térébenthine ? »
P. 225

Ceux qui suivent la page facebook ont vu que j’ai ouvert cet énième tome du Sorceleur avec les orteils dans l’eau : et quelle joie ce fût que de commencer une nouvelle aventure de Geralt dans un tel décor ! L’ambiance, comme toujours, est posée dès les premières pages et l’aventure inédite n’a rien à envier à la trame des romans principaux.

J’ai bien mis un mois pour lire ce tome, pas parce que je m’ennuyais ou parce qu’il était indigeste : il s’agit du dernier (?) tome de la saga de Sapkowski et l’idée de toucher à la fin m’attristait : prendre mon temps était donc une nécessité. 
Ouais, c’était nécessaire. Vital, même.
Plus sérieusement : en plus d’être le dernier et donc primordial de le savourer, j’ai vraiment aimé ce tome tout du long et je n’étais pas pressée d’arriver à la conclusion.

Résumer ce tome en quelques mots expliquerait déjà mon impression très positive : La Saison des Orages présente une vraie aventure de sorceleur (pas d’intrigue royale… enfin pas trop), avec de nouvelles créatures émouvantes, des personnages intéressants qu’on regrette ne de pas voir longtemps et surtout, une ode à l’amour pour Yennefer histoire de faire rager les autres sorcières. Ce qui est drôle !
Bref, plaisir suprême. Je dirais même que La Saison des Orages est bien mieux que certains tomes de la saga !
Le vrai point fort, ici, c’est une plongée dans le monde qu’on découvre à peine dans la saga du Sorceleur : les événements rapprochent le lecteur de diverses couches de la société, des modes de vie… En un roman, ce monde ne peut bien évidemment pas être exploré de façon plus poussé, mais enfin, Sapkowski a fourni plus d’efforts dans ce hors-série.
En 400 pages, l’auteur nous fait voir en plus du pays et les décors sont variés : une jungle hantée par une femme renarde, un domaine qui réunit des sorciers peu sympathiques, une ville riche où les autorités complotent…

Comme dit plus haut, on découvre également des créatures qui n’apparaissent pas dans la saga-même, avec ce schéma qu’on rencontre souvent dans le Sorceleur : combattre ou comprendre des monstres, dénicher les alliés, voire en retrouver du passé, et démasquer les traitres qui cachent une nature monstrueuse sous des traits parfois humains.

Curieusement, la fin de ce tome est mieux que celle de la fin de La Dame du Lac : étrange et féerique, j’ai été vraiment émue car je ne m’attendais pas à cette apparition un peu spéciale et je me suis sentie comme Nimue, la future sorcière et future Dame du lac, avec cette petite pointe de tristesse dans le cœur. La fin de la Saison des Orages sonne plus comme un vrai au revoir.

L’image a servi pour la couverture du troisième tome, Le Sang des Elfes, en Chine.
« – Je rêve parfois de prendre la mer. Seule. De hisser la voile et de sortir en mer… Loin, très loin au-delà de l’horizon. Avec juste la mer et le ciel alentour. Je rêve d’être éclaboussée par l’écume salée des vagues, le vent s’engouffrant dans mes cheveux telles les caresses d’un homme. Et moi, seule, absolument seule, infiniment seule au milieu d’un élément qui m’est étranger et hostile. La solitude dans une immensité énigmatique. Tu n’en rêves pas ?
Non, songea-t-il à part lui, je n’en rêve pas. Chaque jour, j’y ai droit. »
P. 90

Milady utilisant une image du troisième jeu et étant complètement fan, je peux valider cette chronique avec l’idée 26 du Challenge des 170 Idées :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
La Saison des Orages peut être vu comme le tome 1,5 : la romance avec Yennefer a déjà commencé mais la rencontre avec Ciri appartient encore au futur. Les lecteurs peuvent lire ce tome après avoir fini la saga pour se consoler, ou bien le lire avant de commencer L’Épée de la Providence, bien que le format nouvelles/roman/nouvelles puisse perturber peut-être un peu.
• En réalité, il ne s’agit pas du dernier tome : Sapkowski a écrit un recueil de 8 autres nouvelles en 2000. Le recueil en polonais a pour titre Coś się kończy, coś się zaczyna (traduit par Quelque chose s'achève, quelque chose commence bien qu’il ne soit pas sorti en France). Ce recueil possède notamment un cadeau de mariage de Sapkowski pour un couple d’amis : la nouvelle qui raconte le mariage entre Yennefer et Geralt ! Ceci dit, Sapkowski précise lui-même que c’est vraiment un cadeau et par conséquent, ce récit n’est pas vraiment canonique.
• Pour conclure sur un "vrai" au revoir avec la saga (même s’il me reste le troisième jeu et ses extensions à finir), je vous partage cette musique composée par Miracle of Sound, de son vrai nom Gavin Dunne, qui a fait déjà quelques morceaux pour la saga, The Path vient clore ses productions et pour dire au revoir au Loup Blanc :


samedi 12 novembre 2016

Persuasion, de Jane Austen,

D’un ton plus grave que les œuvres précédentes de la romancière, il raconte les retrouvailles d’Anne Elliot avec Frederick Wentworth, dont elle a repoussé la demande en mariage huit ans auparavant, persuadée par son amie Lady Russell des risques de cette union avec un jeune officier de marine en début de carrière, pauvre et à l’avenir incertain.
Mais alors que la guerre avec la France s’achève, le capitaine Wentworth revient, fortune faite, avec le désir de se marier pour fonder un foyer. Il a conservé du refus d’Anne Elliot la conviction que la jeune fille manquait de caractère et se laissait trop aisément persuader.
Anne Elliot, beauté fanée et effacée de vingt-sept ans, est la seconde fille de Sir Walter Elliot, un baronnet veuf et vaniteux. Sa mère, une femme intelligente, est morte quatorze ans auparavant, en 1826 ; sa sœur aînée, Elizabeth, tient de son père la vanité de sa position. Sa plus jeune sœur, Mary, encline à se plaindre sans cesse, a épousé Charles Musgrove de Uppercross Hall, l’héritier d’un riche propriétaire des environs. Encore célibataire, sans personne dans son entourage qui soit digne de son esprit raffiné, Anne est en passe de devenir une vieille fille sans avenir.
Quatrième de couverture par Littérature Audio, par Cocotte.
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Je ne compte pas parmi les Austeniennes aguerries, je dois l’avouer dès le départ. Et si je l’ai lu (ou plutôt, audiolu), c’est vraiment parce qu’il était dans la liste du Baby Challenge Classiques 2016 de LivrAddict.
Trouvé sur Littérature Audio, je l’ai emporté pendant un voyage en vacances d’été (mais j’avais oublié mon câble pour mon mp3, donc il s’est déchargé avant que le chargeur ne me suive par envoi… petite pause imposée, donc).


Je dois avouer que Persuasion m’a fait une meilleure impression qu’Orgueil et Préjugés. Je n’avais pas encore écouté Lady Susan mais aujourd’hui, je dirais que Persuasion serait entre les deux : comme d’habitude, l’histoire d’amour est évidente, la conclusion aussi mais j’ai trouvé tout ce récit plus doux, plus sensible et comme j’aimais beaucoup Anne, ceci explique cela. Elle n’est pas d’une beauté renversante, elle est à l’écoute et fait preuve de tact en gardant pour elle ses pensées éclairées, étant plus réfléchie que les gens de son entourage… Le genre d’héroïne que j’apprécie.


Mais à part quelques passages (notamment une mauvaise chute, je ne m’attendais pas à tant d’action) et ce personnage sympathique, je n’ai pas été transportée. Donc bon, au bout de cette troisième tentative, je pense pouvoir l’affirmer : Jane Austen, ce n’est pas pour moi.
Je ferai l’impasse si un de ses romans apparaît dans un challenge qui m’intéresse car bon, me forcer ne me fera pas aimer l’auteure. Par contre, je le conseille aux amateurs de romance, surtout si vous avez le pied marin, il y a une ambiance bord de mer dans Persuasion qui n’est pas désagréable.
Je laisserai une chance peut-être à Emma, ceci dit. Je ne sais pas pourquoi, il m’intéresse malgré tout.


             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
Persuasion est le dernier roman écrit par Jane Austen, il a été publié à titre posthume en décembre 1817, soit cinq mois après la mort de l’auteure.

vendredi 11 novembre 2016

Érec et Énide, de Chrétien de Troyes,

Suffit-il qu’un chevalier valeureux et qu’une belle et sage jeune fille se rencontrent, connaissent l’éblouissement au premier regard puis s’épousent pour que tout soit dit sur le mariage et l’amour ? Certes non, car l’aventure aura tôt fait de les rattraper et, avec elle, les épreuves et le doute : le salut et la joie sont à ce prix…
Érec et Énide, qui inaugure la merveilleuse série des récits arthuriens, est le premier véritable roman de notre littérature.
Quatrième de couverture par GF Flammarion.
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Passionnée par les légendes arthuriennes, il fallait bien que je lise ce premier roman, celui qui lance cette saga épique. Quoique j’avoue que j’ai un avis un peu mitigé : les œuvres de Chrétien de Troyes ne ressemblent en rien aux romans arthuriens que les auteurs peuvent écrire aujourd’hui, mais je dois avouer que je m’attendais à un peu plus de féerie.

Finalement, Érec et Énide est un roman d’amour avant d’être un roman féerique (littérature courtoise en même temps, hé, j’avais un peu oublié durant ma lecture…) : Michel Rousse, dans la préface, pointe l’originalité de placer le mariage au début, alors que le mariage se situe bien souvent à la fin et que le couple traverse des épreuves pour consolider leur amour. Un peu comme tous les couples, direz-vous, sauf qu’Érec met à l’épreuve Énide et lui fait des trucs chelous dignes d’une légende médiévale où on joue un peu avec la Mort. Alors par chance : non, pas comme tous les couples, car quand le merveilleux est au rendez-vous, comme à l’instar des autres romans arthuriens, on assiste à des situations presque drôles. On y croise des événements qui tiennent du miracle, des monstres, des prouesses… Le quotidien classique d’un chevalier valeureux et d’une gente dame à la vertu intacte.
Il y a ceci dit de beaux moments et j’ai apprécié le couple que formaient les deux tourtereaux. Et pour une fois que la femme ne fait pas de (grosse) bêtise pour nous projeter dans la catastrophe !

Érec et Énide n’est pas un roman indispensable, comme celui de Lancelot ou celui d’Yvain par exemple, mais il peut valoir le coup pour briller en société en parlant d’une légende arthurienne peu connue des mortels.
Ceci dit, je ne cracherais pas sur une réécriture de cette histoire avec de la Fantasy moderne. Et de faire ressortir davantage le rôle de ce cerf blanc, qui est finalement plutôt discrète comme créature.

Cette chronique rejoint bien sûr mes participations au Challenge des Légendes Arthuriennes, et, ça va être horrible, mais je peux valider l’idée 12 du Challenge des 170 Idées, voilà :
(en même temps, quitte à chasser, il faut manger ensuite, pas le laisser pourrir en forêt)

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• L’édition GF Flammarion propose une version bilingue, à gauche on peut lire l’ancien français et à droite, le français moderne. De plus, le dossier proposé dans la préface est très complète et permet de comprendre tout le contexte autour.











jeudi 10 novembre 2016

Rebecca, de Daphné du Maurier,

Un manoir majestueux : Manderley. Un an après sa mort, le charme obscur de l’ancienne propriétaire, Rebecca de Winter, hante encore le domaine et ses habitants. La nouvelle épouse, jeune et timide, de Maxim de Winter pourra-t-elle échapper à cette ombre, à son souvenir ?
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche.
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« Une épouvantable tragédie, disait-elle. Partout dans les journaux, bien sûr. Il paraît qu’il n’en parle jamais, qu’il ne prononce jamais son nom. Elle s’est noyée, vous savez, dans une baie près de Manderley... »
P. 44


Rebecca me fait penser à un alcool traître : tout d’abord sucré, léger, on sirote et on sirote car le goût fort de l’alcool est dissimulé, nous poussant à boire sans modération. Typiquement le genre de d’alcool qui "se boit comme du p’tit lait". Et sans s’en rendre compte, l’alcool nous grise et on ne voit pas les verres défilés comme les pages de Rebecca : le rythme ne se remarque même pas. À chaque fois que l’on émerge, on a l’impression de sortir d’un rêve, on se sent un peu embrouillé comme en état d’ivresse.
Rebecca, c’est ce genre de livre.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre : les résumés sont toujours très concis et je m’attendais à une folie dans la même veine que Le Tour d’Écrou. Mais effectivement, il n’y a pas grand-chose à dire pour résumer ce roman sans trop en dévoiler : il faut garder à l’esprit que la narratrice vient d’épouser le veuf (fraîchement veuf, d’ailleurs) Maxim de Winter et qu’elle vient habiter le grand manoir Manderley en tant que maîtresse des lieux, et non en tant que dame de compagnie comme elle l’avait toujours été. Autre problème : la présence de l’ancienne femme, Rebecca, est omniprésente, les meubles qu’elle possédait sont toujours là, ses habitudes sont ancrées et encore respectées des employés, et moins elle occupe les conversations, plus elle s’impose dans les pensées.
Il n’y absolument aucune place pour la nouvelle Madame de Winter, et la gouvernante, Madame Danvers, compte bien lui faire comprendre.


Il n’y a pas de surnaturel dans Rebecca : ce n’est pas un spoil de le révéler mais ça évitera peut-être de fausses attentes. Il y a beaucoup de mystères à découvrir dans ce roman, rangeant Rebecca dans une section thriller/mystère plutôt qu’horrifique/surnaturel (ce que je pensais au début).
Mais malgré cette idée finalement erronée, je n’ai pas du tout été déçue : dérangeant, avec un certain malaise, on s’attache à cette narratrice pourtant bien mystérieuse (on ignore son âge, son passé, même son nom !), on sait cependant qu’elle est bien intentionnée, qu’elle est certes un peu gauche et d’une timidité fatigante, mais son évolution est très intéressante.


La trame est fascinante, tout comme la plume de Daphné du Maurier : fluide, poétique, son style est vraiment magnifique et permet de lire sans s’arrêter. Elle choisit les mots avec justesse, bien que pour le coup, je peux surtout applaudir Anouk Neuhoff, la traductrice.
J’applaudis moins Le Livre de Poche par contre d’avoir écrit en énorme « Nouvelle traduction Texte intégral » sur la couverture… Alors qu’il y avait déjà une petite bannière…
Dans ce décor où la Nature prédomine, Daphné du Maurier donne vie à ces fleurs magnifiques au parfum lourd, à cette mer toute proche, tantôt tranquille, tantôt menaçante, seule ce manoir immense, trop immense, semble mort et ne met pas à l’aise.

Un superbe roman, une histoire avec une ambiance réussie, des personnages touchants et un schéma de relation qui me tient à cœur : le fait de passer après un premier amour, d’être rongée de questions, de doutes et apprendre à lutter avec ce passé inconnu et se concentrer sur le futur. Il y a peu d’histoires d’amour dans ce genre dans la littérature (disons qu’elles sont en minorité par rapport aux premiers amours/coups de foudre qui tiennent pour l’éternité) et ça m’a fait plaisir de lire quelque chose dans ce genre, quelque chose de si réaliste.

« J’ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley. »
P. 7

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
Rebecca est un roman qui perdure dans la culture grâce à l’adaptation d’Alfred Hitchcock sortie en 1940.
• En 1990, Rebecca est à la 6ème place du classement des cent meilleurs romans policiers de tous les temps selon la Crime Writers’ Association, juste derrière Le Meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie ! Ceci dit, ce n’est pas vraiiiment un roman policier à la sauce Christie ou Doyle, ne vous imaginez pas faire chauffer les neurones durant la lecture. Pour la liste établie par la Mystery Writers of America, Rebecca est à la 9ème place. 

dimanche 23 octobre 2016

Martyrs Livre I, d'Oliver Peru,

Irmine et Helbrand, deux frères assassins descendant d’un ancien peuple guerrier, vivent dans les ombres de la plus grande cité du royaume de Palerkan. Alors qu’ils se croient à l’abri des persécutions dont ont souffert leurs ancêtres, leur passé sanglant les rattrape, sous les traits d’un borgne qui semble nourrir pour eux de sombres projets. Et tandis que la guerre menace d’embraser le monde, que les puissants tissent de noires alliances, ils vont devoir choisir un camp.
Leur martyre ne fait que commencer...
Quatrième de couverture par J’ai Lu.
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« – Je te tuerai, murmura Helbrand d’une voix blanche.
– Tu essaieras sans doute tôt ou tard…
– Non… Je ne suis pas de ceux qui essaient. Je te tuerai, je te le jure. »
P. 319

Après le succès du one-shot Druide, Oliver Peru se lance dans sa première saga : Martyrs.
Bien que Druide remplissait toutes ses fonctions, j’avais été triste de savoir que je ne remettrai plus les pieds dans La Forêt d’Obrigan et ses collègues. Mais quand on commence Martyrs, c’est le monde de Palerkan qui ouvre ses bras : un pays vaste, des cantons nombreux, une farandole de personnages… le décor est planté pour plusieurs tomes.

Je ne connais pas la différence entre l’édition "grand format" (que j’ai) et le format poche. La carte est dans la couverture avec un petit rabat, le format poche doit proposer la carte sans couleurs et imprimée sur une "simple" page, je suppose ?

Druide offrait beaucoup d’originalité et je constate que l’imagination de Peru ne s’est pas essoufflée en débutant Martyrs : les mœurs, les traditions, les légendes et l’Histoire sont pleines de charme. Le fond est donc construit et le lecteur obtient assez d’informations sans crouler, de plus, le premier tome évite le piège de tome introductif : il se passe une foule de choses et met en appétit pour la suite ! (que je lirai quand le troisième tome sera en librairie)
Plusieurs détails m’ont plu : les cartes de tarot qui sont illustrées par Peru lui-même et qui ont un vrai rôle dans le roman (loin des photos-décorations de Miss Peregrine et les Enfants Particuliers), le lien fraternel entre Irmine et Helbrand, la présence des fantômes encore bien mystérieuse, la tradition qui devient une malédiction pour la famille Yrassen…
Il n’y a que la romance entre Irmine et Kassis qui n’arrive pas vraiment à me faire rêver, à voir comment tout ça va évoluer. Par contre, là où j’ai de suite accroché, c’est pour le lien entre Akinessa la Main Douce et Opimer le Fauconnier, bien plus intéressant à mes yeux et j’ai hâte de voir ce qu’il deviendra par la suite !
Mais d’autres personnages éveillent l’intérêt : je pense au roi Karmalys surtout, tout en complexité et originalité, Helbrand, les Arsekers encore bien mystérieux… Martyrs propose une galerie riche.

Pour la parenthèse : Oliver Peru a dédicacé mon premier tome aux Trolls et Légendes 2015. Ne connaissant pas encore l’histoire, je n’ai pas su qui choisir quand il m’a demandé quel portrait je voulais…
Peru m’a donc mis au défi : le portrait d’un de ses personnages préférés et je devais deviner avec ma lecture.
Je suis ravie de voir qu’il aime le roi Karmalys : est-ce que cela implique qu’il aura une place de choix jusqu’au bout ? Sauf si Oliver Peru est le petit-fils de George R. R. Martin.

Et puis j’ai tenu mon "engagement" auprès de Peru : j’avais dit que je le lirai dans mes montagnes et j’ai emporté ce tome dans ma valise pour pouvoir le lire dans une forteresse naturelle. Je me sentais plus libre de Kassis, quand même… Un contexte qui a aidé à me plonger dans le récit, mais ceci dit, les décors ne sont pourtant pas souvent décrits dans Martyrs, les descriptions en général sont plutôt discrètes en fait ! Contrairement à Balzac, Peru ne fait pas de playlist de tout ce qu’il voit pour ambiancer votre vision du monde.
Oliver Peru réserve davantage de place pour la trame– Enfin, les trames, les intrigues de Martyrs et elles sont nombreuses ! Surnaturelles, politiques, affectives… En principe, il y en a pour tous les goûts. Certes, certains éléments se devinent plus ou moins facilement, mais ça ne gâche pas le plaisir pour autant.

Les deux membres de la royauté connus. Deux personnages que j’adore et que je suivrai avec plaisir.

Bref, un très, très bon tome de Fantasy où j’ai aimé tous les ingrédients et il est probable qu’il séduise les amateurs du genre quand l’action s’invite et tissé sur des trames intelligentes. Une histoire prometteuse pour la suite !

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Toutes les illustrations, couverture incluse, sont de la main d’Oliver Peru.
• Il est possible de lire le premier chapitre ici.

lundi 17 octobre 2016

Frankenstein, de Mary W. Shelley,

En expédition vers le pôle Nord, Robert Walton adresse à sa sœur des lettres où il évoque l’étrange spectacle dont il vient d’être le témoin depuis son bateau : la découverte, sur un iceberg, d’un homme en perdition dans son traîneau. Invité à monter à bord, Victor Frankenstein raconte qu’il n’est venu s’aventurer ici que pour rattraper quelqu’un – qui n’est autre que la créature monstrueuse qu’il créa naguère, et qui s’est montrée redoutablement criminelle.
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche.
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« Que ne peut-on attendre d’une région où il fait éternellement jour ? Peut-être découvrirai-je là la merveilleuse puissance qui attire l’aiguille des boussoles. »
P. 64

Immortalisé par Hollywood dans les années 30, Frankenstein a vécu beaucoup d’aventures dans diverses versions. Mais justement, il y a tellement de versions qu’on doute de connaître vraiment l’originale : quelle vie avait réservée Mary Shelley à sa créature populaire ?
La base a toujours été préservée : un homme qui n’est pas né d’une mère et d’un père mais d’un scientifique qui a cherché à découvrir la limite entre la vie et la mort. Qu’en est-il du reste ?

Le portrait de l’auteure.

On oublie un détail important dans cette histoire : les décors. Se déroulant une majorité du temps en Suisse, Mary Shelley a réservé une petite place aux montagnes majestueuses, aux forêts vertes, aux chalets… Et pour une nymphe des montagnes comme moi, j’étais enchantée par ces descriptions : milieux dangereux et impressionnants, elles donnent davantage d’allure aux errances de la créature de Frankenstein.
La beauté est donc portée par ces cadres rudes où la Nature est maîtresse et mettent un point d’honneur à l’étiquette "roman gothique", voire romantique de Frankenstein.

Mary and her creation, par Abigail Larson
Mais plus que des lamentations sous la pleine lune ou des pérégrinations étroites entre des falaises mortelles, Frankenstein offre une vraie réflexion sur un lien père-fils fabriqué de toutes pièces et les relations qui s’achèvent sur des déceptions. Repoussé par son créateur, repoussé par les hommes à cause de sa laideur, la créature de Frankenstein partage aux lecteurs ses questions : l’injustice, les préjugés sur les apparences, le rejet, la solitude… Piège facile, je me suis forcément attachée à cette immonde chose qui n’a ni père, ni mère. Tandis que Vincent Frankenstein avait un comportement assez odieux à côté...
Je regrette un peu que ce personnage ne soit pas plus abouti et que le thème du rejet ne soit pas plus creusé de son côté à lui : à part la laideur de sa créature, il n’y a pas d’autre motif au rejet du créateur pour son expérience.

Les thèmes philosophiques sont donc nombreux : Frankenstein n’est pas une histoire scientifique (fait curieux : l’électricité ou les orages ne sont pas du tout mis en avant et viennent vraiment du mythe revisité par les films), elle est plutôt philosophique. Il ne s’agit pas de science-fiction ou d’horreur monstrueuse : ici, les vrais monstres sont les hommes et pousse à réfléchir bien plus qu’à frémir.
Un avertissement qui évitera peut-être des déceptions car la culture a fait de cette histoire un récit d’horreur où les éclairs déchirent le ciel et la folie scientifique ronge Vincent Frankenstein. Donc vous êtes prévenus, futurs lecteurs : ce roman est sombre dans son thème, pas dans sa représentation et il aborde des sujets sensibles quant à l’existence, le manque d’amour et l’apprentissage dans un monde peu heureux...
Autre chose : la créature parle beaucoup et poliment, rien à voir avec le majordome muet de la famille Addams.

Une très belle histoire avec une plume travaillée et des thèmes bien trouvés : Mary Shelley mérite d’être encore lue aujourd’hui car bien que Frankenstein soit un classique, l’écriture est très accessible et n’a pas pris une ride depuis 1818.
Un roman qu’il faut lire pour sa culture horrifique, bien que le trait a été beaucoup plus accentué dans les films.

Des portraits de la famille : l’épouse, Mary Shelley et la créature.
De magnifiques illustrations signées par Abigail Larson.

Héhé, et oui : l’épouse de la créature aussi est tirée des films, mais puisque la créature réclame une femme à Victor Frankenstein, cela permet de maintenir le doute pour les nouveaux lecteurs... Donc chut~

Grâce à la couverture, je peux rattacher cette chronique à l’idée 33 du Challenge des 170 Idées :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Mary W. Shelley a écrit ce roman lors qu’un voyage avec son mari en Suisse et le couple avait été invité par Lord Byron : le poète avait lancé l’idée de raconter des histoires de fantômes en juin 1816, une « compétition littéraire sur les bords du lac Léman », d’où les décors suisses.
• Le mari de Mary Shelley, Percy B. Shelley, était poète et l’auteure a inclus des extraits de poèmes dans Frankenstein.
• Bourré de références, Le Livre de Poche est une très bonne édition qui laisse des indices et propose un dossier complet.